(Chronique parue le 15 mars dans le Journal de Québec)
Deux icônes de la gauche viennent de
passer de vie à trépas : Stéphane Hessel d’abord, l’incarnation de
l’indignation à géométrie variable et, ensuite, Hugo Chavez, l’autocrate
socialo-communiste du Venezuela.
Stéphane Hessel vient donc de rendre
l’âme à 95 ans. La presse française bien-pensante l’a couvert de fleurs et
d’éloges et la gauche l’a canonisé illico. Voilà donc un héros à la gloire
éternelle. Un parangon de vertus humanistes. Un résistant qui devrait être
accueilli au Panthéon. Un co- rédacteur de la Déclaration Universelle des
Droits de l’Homme qu’on devrait «statufier» tout de go.
Qu’en est-il vraiment de cet
archétype de l’indignation de gauche? Sachez tout d’abord qu’il y a peu de
temps, il était dans l’oubli le plus total. Mais voilà qu’à plus de 90 ans, il
publie une brochurette d’une quinzaine de pages intitulez :
«Indignez-vous!».
Il est difficile de comprendre
comment et pourquoi cette prose minimaliste est devenue un succès planétaire
(plus d’un million d’exemplaires) et son auteur un penseur «profond et
inspirant».
En réalité l’indignation qui suinte
de cette «médiocre dissertation» (dixit Guy Millière) est éminemment sélective.
Elle est, à toutes fins utiles, exclusivement orientée contre les «agresseurs
et les persécuteurs» de l’Opprimé par excellence, le Palestinien, soit «les
Juifs-malfaisants-d’Israël».
Les accointances sordides de ce
vieillard avec les nazislamistes du Hamas et du Hezbollah, tueurs de Juifs,
sont perçues par la gauche et les indignés de la Planète comme un irrépressible
désir de Paix! «Et pour aller jusqu’au
bout de sa haine de l’État Hébreu, écrit Stéphane Juffa, Hessel prend la
liberté de normaliser le nazisme en affirmant «que l’occupation allemande de la
France était, si on la compare par exemple à l’occupation actuelle de la
Palestine par les israéliens, une occupation réellement inoffensive». !!!
Et pendant que les indignés québécois
portent le deuil du vieil imposteur (il n’a jamais participé à la rédaction de
la Déclaration des Droits), la gauche planétaire pleure un dictateur crapuleux,
caricature bouffonne de Fidel, compère de tous les tyrans de la terre,
l’inénarrable Hugo Chavez.
Grand artisan des expropriations et
des nationalisations tous azimuts
(pétrole, sidérurgie, électricité, banques, télécoms, alimentation,
cimenteries), il laisse une économie dévastée et des milliards de rentes
pétrolières utilisés à des fins de clientélisme à grande échelle.
Résultats, selon Yves
Bourdillon : «les coupures d’eau d’électricité sévissent plusieurs heures
par jour…un comble dans un pays assis sur les principales réserves d’or noir de
la planète. Les 2,5 millions d’hectares expropriés, pourtant fertiles, ne
produisent presque rien. L’inflation dépasse les 25%, un des niveaux les plus
élevés du monde. La dette publique est passée de 28 à 130 milliards de
dollars.»
La presse est sévèrement contrôlée et
le pays est l’un des plus corrompus de la planète. Selon Transparency
International, le baromètre de la corruption situe le Venezuela «au sommet du
classement mondial…juste après Haïti». Et que dire de ces «alliances». Il a
copiné avec tous les despotes de la terre, formant avec eux une tonitruante
chorale antisémite, anti-américaine et anti occidentale.
Il y a quelque chose de carrément
délirant à voir la gauche, si prompte à dénigrer les intellectuels et les chefs
d’État se situant à droite de l’échiquier politique et se glorifiant d’avoir le
monopole de la justice et de la compassion, se complaire ainsi dans la
flagornerie et l’aveuglement à l’égard des imposteurs et des tyrans à qui on
pardonne tout parce qu’ils s’affichent de gauche. Quel abject abaissement!
Jacques Brassard