dimanche 1 août 2010

MATHÉMATIQUES RÉPUGNANTES

Gérald Larose est un personnage public bien connu. Il fut longtemps président de la CSN, la centrale syndicale la plus gauchiste de toutes. Il est depuis quelques années à la tête du Conseil pour la Souveraineté. Je l’ai connu et côtoyé lors des travaux de la Commission Bélanger-Campeau sur l’avenir du Québec, étant tous deux membres de cette instance. C’était une personne plutôt sympathique dans les relations interpersonnelles, mais il portait et il porte toujours la lourde défroque idéologique de la gauche.

On peut d’ailleurs le vérifier en lisant un billet odieusement antisioniste qu’il a écrit sur son blog et qu’un lecteur m’a signalé.

Je le cite : « Netanyahu, le premier ministre, est prêt a libérer 1000 personnes qu’Israël a kidnappées en Palestine pour une (le soldat Gilad Shalit) que le Hamas a kidnappée d’Israël! Comme j’avais été impressionné par les 1250 morts infligées aux Palestiniens dans la dernière intrusion d’Israël à Gaza par rapport aux 125 pertes de vie qu’il a lui-même subies sur le terrain lors de cette opération. Avec Israël, ce n’est jamais du simple au double, c’est du 10 pour un, du 100 pour un et même du 1000 pour un.»

Voilà un exercice mathématique plutôt pestilentiel! D’abord, le Camarade Larose, avec une malhonnêteté intellectuelle vraiment dégoûtante, s’efforce de nous faire croire que les Palestiniens qui sont incarcérés dans les prisons israéliennes ont été «kidnappés» au même titre que le soldat Gilad Shalit qui, lui, a été vraiment kidnappé par un commando terroriste sur le sol israélien. Cette insidieuse interprétation des faits est un grossier mensonge puisé dans le bric-à-brac nauséabond de la propagande palestinienne. Les Palestiniens qui sont emprisonnés en Israël le sont parce qu’ils ont commis des crimes --pour la plupart de nature terroriste --et qu’ils ont été reconnus coupables et donc condamnés. Du personnel de la Croix-Rouge les visite régulièrement. Quant au soldat franco-israélien, Gilad Shalit, lui, c’est un véritable otage, vraiment kidnappé, et dont la famille est sans nouvelle de lui depuis plus de quatre ans. Et personne de la Croix-Rouge n’est parvenu à la voir.

Et si le gouvernement israélien est disposé à libérer 1000 prisonniers palestiniens pour un otage juif, ce n’est pas parce que l’État Hébreu croit, comme l’affirme le gauchiste antisioniste Gérald Larose, «qu’une liberté juive vaut bien 1000 libertés arabes». C’est le contraire qui est vrai. Ce sont les terroristes sanguinaires du Hamas qui évaluent à 1000 prisonniers palestiniens (peut-être plus) le prix d’un otage israélien. Quand on sait que les djihadistes du Hamas utilisent les civils comme bouclier humain; quand on sait qu’ils n’hésitent pas à envoyer des jeunes se faire exploser dans des attentats terroristes; quand on sait que les tueurs du Hamas ont froidement massacré (en les égorgeant très souvent) les partisans du Fatah dans la bande de Gaza; quand on sait tout cela, on se rend bien compte (à moins d’être aveuglé par la haine des Juifs) que, pour tous ces barbus nazislamistes meurtriers du Hamas, la vie d’un être humain est de peu de valeur.

Pensez-vous que Gérald Larose ignore tous ces faits? Je suis sûr que non. Mais, comme toute la gauche occidentale, il les met entre parenthèses, pour ne pas être obligé de remettre en question son exécration pathologique d’Israël et des Juifs et, du même coup, son soutien au fascisme islamiste, totalitaire, terroriste et liberticide.

Je le cite : «La démocratie non plus n’a pas la même valeur. Qu’Israël élise systématiquement des gouvernements à la merci des petits partis sionistes ultraracistes, «c’est la démocratie!» Et parce que démocratique, il faut faire avec. Que la population de Gaza élise «une fois» démocratiquement et fortement majoritairement un gouvernement radical du Hamas, c’est une abomination! Ça beau être démocratique, Israël ne fera pas avec».

On atteint là vraiment le comble de la mauvaise foi et le zénith de la confusion morale! Comment peut-on honnêtement accorder le label démocratique à un régime, celui du Hamas, qui est une tyrannie obscurantiste et sanguinaire, affichant sans vergogne ses intentions génocidaires, massacrant ses opposants, brimant la moindre liberté, bafouant les droits humains les plus élémentaires et inculquant aux enfants la haine des Juifs et de l’Occident? Comment peut-on opérer de façon aussi systématique une pareille inversion du réel et des valeurs? C’est une dictature sanglante qui est considérée comme une démocratie et c’est la seule vraie démocratie de toute cette région qui est rabaissée au rang d’une entité belliqueuse et raciste! Carrément répugnant!

Pour en arriver à une équivalence aussi ignoble, il faut, comme le fait Gérald Larose et toute la gauche occidentale, exécuter de disgracieuses cabrioles idéologiques. Comme, par exemple, restreindre la démocratie à la procédure électorale. Il y a des élections, donc il y a démocratie. À ce compte là, l’Allemagne nazie, la Russie stalinienne, l’Iran des Mollahs et le Liban du Hezbollah sont d’authentiques démocraties. Parce qu’on y votait et qu’on y vote.

Une véritable démocratie, ce n’est pas seulement la tenue d’élections. Ce doit être aussi l’état de droit, le pluralisme politique réel, un système judiciaire indépendant et des libertés vraiment protégées. Rien de tout cela dans la bande de Gaza. Mais vous trouvez tout cela en Israël.

Mais, au fond, quand on analyse bien le propos de Gérald Larose (une figure emblématique de la gauche québécoise), on constate qu’à l’origine de ce soutien de la gauche au totalitarisme islamiste, il y a un refus sans équivoque de reconnaître le droit à l’existence de l’État d’Israël. Ce dernier a beau être une démocratie exemplaire, pour la gauche, il n’a aucune légitimité. Par conséquent, le projet islamiste d’anéantir l’État Hébreu et l’intention affichée des tyrans enturbannés de Téhéran et de toutes les phalanges terroristes du Moyen-Orient de parachever l’Holocauste en liquidant tous les Juifs (les nazis n’ayant pas eu le temps de finir la besogne) ne sont pas perçus comme des abominations, mais comme un programme politique, sans doute quelque peu agressif, mais parfaitement légitime par, à toutes fins pratiques, toute la gauche occidentale. Voilà pourquoi cette gauche demeure systématiquement silencieuse devant les proclamations génocidaires de la caste des Mollahs aussi bien que devant les infamies et les horreurs des régimes islamistes corrompus et barbares. Le silence est de rigueur!

Forcément! Quand on manifeste dans les rues des grandes villes occidentales côte à côte et copain-copain avec les séides du Hamas et du Hezbollah en hurlant des slogans antisémites, il va de soi qu’on doit fermer les yeux sur les pulsions terroristes de ses camarades de combat, n’est-ce pas? C’est ce que font Gérald Larose et tous ses pareils, ce qui inclut la masse des idiots utiles qui prolifèrent dans la colonie artistique et les salles de rédaction.

Dernière citation : «Quand, suivant qu’elles nous interpellent ou interpellent les autres, on accorde une valeur différente à la vie, à la liberté, à la démocratie et aux règles internationales qui régissent la paix dans le monde, on milite sérieusement pour ne plus être considéré comme une partie de la solution mais finalement comme la totalité du problème.»

Ce paragraphe devrait entrer dans une anthologie de la Bêtise et de l’Aveuglement. Car devant un cas de figure où les protagonistes «accordent une valeur différente à la vie, à la liberté, à la démocratie et aux règles internationales», il faut vraiment être déboussolé pour oser affirmer que c’est Israël qui se fourvoie. Bien au contraire! Ce que feint d’ignorer Gérald Larose, c’est que pour le Hamas (il faut lire sa charte), ou le Hezbollah, ou les Frères Musulmans, ou Al Qaida, ou toutes les brigades islamistes à travers le monde et toutes les dictatures islamistes, la vie n’a pas de valeur, la liberté est un vice occidental, la démocratie est un chancre développé par l’Occident dégénéré et les règles internationales sont des fadaises onusiennes.

C’est pour Israël (et pour l’Occident tout entier) que la vie humaine est précieuse, que la liberté est un droit humain fondamental, que la démocratie est une réalité vécue et que le droit international est pris en compte.

On a souvent l’impression désagréable qu’il est vain de combattre le mensonge haineux et la désinformation venimeuse sur Israël et le peuple juif. Parce que tous ces gens comme Gérald Larose (et ils sont légions) sont totalement assujettis au «Paradigme de Gauche» qui stipule et proclame que le Palestinien est l’Opprimé par excellence alors que le Juif israélien, lui, incarne le Bourreau, l’Exploiteur, le Fourbe, le Méchant, le Persécuteur, le Conspirateur planétaire, le Massacreur. Bref, l’archétype du Coupable! Le Bouc émissaire intemporel! Et en plus, tous ces gens-là sont gangrenés par l’antisionisme et l’antisémitisme, «la plus vieille haine du monde».

Et c’est très sécurisant, voyez-vous, d’avoir ce «prêt-à-penser» sous la main. Pour tout évènement qui survient dans le monde, cherchez le Juif! Il est présent, alors, là, vous tenez le coupable! Il ne vous reste plus qu’à hurler votre indignation et à exiger condamnation et mise en quarantaine. Et si le Juif est absent, comme dans les massacres du Darfour, les bains de sang au Sri Lanka, les persécutions et les assassinats de Chrétiens dans le monde musulman, les pendaisons d’opposants en Iran, les violences sanglantes en Birmanie, les hécatombes au Congo et les répressions en tous genres au Tibet, à Cuba, en Corée du Nord, en Chine, au Venezuela et ailleurs, alors, là, c’est tout simple, vous effacez l’évènement. Il est sans intérêt! Il ne mérite ni une pétition, ni une manifestation, ni même une mention sur les blogs de gauche!

Je suis souverainiste depuis 50 ans. Mais je suis aussi, à l’instar du chroniqueur du Figaro, Ivan Rioufol, un ami d’Israël et un «sioniste chrétien». Je me situe, c’est bien connu, plutôt à droite de l’échiquier politique. Alors, forcément, je n’adhère pas à la vulgate socialo-étatiste, écolo-pacifiste, antisioniste de la gauche québécoise, y compris la gauche souverainiste organisée (Bloc, PQ, Conseil de la Souveraineté). Par conséquent, en tant que souverainiste catholique sioniste de droite, il va sans dire que Gérald Larose et le Conseil qu’il préside ne reflètent en rien mes convictions. Et je ne suis pas le seul souverainiste dans cette situation. En s’ancrant résolument à gauche, le mouvement souverainiste québécois n’assume pas la mission de rassembleur qui devrait être la sienne.

Jacques Brassard

jeudi 8 juillet 2010

OURANOS ET LES «PIANOTEUX»

Si vous n’avez pas lu un article de la Presse du 20 juin (signé Hélène Baril) sur les effets des changements climatiques sur Hydro-Québec tels que prédits et décrits par le consortium québécois OURANOS, vous avez manqué une ahurissante incursion dans la science-fiction.

Voici le scénario : d’abord, le climat se réchauffe; avec pour résultat d’augmenter les précipitations dans le Nord du Québec; ensuite, les réservoirs d’Hydro-Québec débordent; et « à la limite, écrit Mme Baril, d’autres réservoirs pourraient être construits pour contenir ces surplus, suggèrent-ils» (il s’agit des scientifiques d’OURANOS).

Quand j’ai lu cela, je me suis dit : «Tiens! Tiens! L’évacuateur de crues de la Grande (vous savez, l’Escalier des Géants) va enfin pouvoir servir!» À moins qu’on décide de construire, à coup de milliards, d’autres réservoirs pour emmagasiner les surplus d’eau.

Ce n’est pas tout! Comme il fera plus chaud en 2050, OURANOS nous annonce que notre facture de chauffage va baisser. Merveilleux! On passe de la science-fiction au conte de fée!

Mais qui est donc OURANOS? Il s’agit d’un consortium qui regroupe quelque 250 scientifiques et professionnels. Il dépense 12 millions de dollars par année. Et il est financé par les gouvernements (fédéral et québécois) et Hydro-Québec.

OURANOS adhère sans réserve au dogme réchauffiste. «L’action d’OURANOS, peut-on lire dans son texte de présentation, s’inscrit dans un contexte ou la contribution des activités humaines aux changements du climat et à l’amplification des changements climatiques est reconnue par la communauté scientifique internationale.» Vous avez compris? Le consensus est établi et le doute n’est plus permis sur l’origine humaine du réchauffement. Et sur quoi s’appuie cette foi inébranlable? Sur les rapports du GIEC!

On le voit, la démarche d’OURANOS n’est surtout pas de s’efforcer de mieux comprendre les causes des changements climatiques et d’explorer d’autres théories que celle du réchauffisme anthropique. Il ne faut surtout pas prendre le risque d’ébranler le dogme et l’orthodoxie climatique du GIEC.

Alors, que font-ils donc, tous ces 240 «scientifiques et professionnels»? Ils font des simulations! Ils simulent le temps qu’il fera en 2030, où en 2050, où en 2100.

Le GIEC, dont la mission est de préciser l’ampleur de la responsabilité humaine dans le réchauffement récent, a donné une importance démesurée, au sein de la climatologie orthodoxe, aux modèles informatiques et aux prédictions climatiques qui en découlent. Le problème, c’est que ces modèles ne reproduisent en rien la réalité complexe (et aussi chaotique) du climat de la Terre. Ils sont tous fondés sur le postulat, simpliste et faux, affirmant que l’augmentation de température résulte de la hausse du CO2.

Aujourd’hui, ces modèles ont été réduits en miettes par la critique émanant de plusieurs climatologues reconnus. Je pense, entre autres, à Richard Lindzen et à Marcel Leroux.

Or, c’est dans ce contexte qu’OURANOS entend «assumer la responsabilité de la simulation du climat régional au Canada». Fort bien! Mais c’est sur la base de modèles qui sont faux parce qu’ils incorporent une théorie qui est fausse. Par conséquent, si les simulations planétaires sont fausses, les simulations régionales le sont aussi.

Iles vrai qu’OURANOS se glorifie de posséder 3 superordinateurs CRAY-SX-6, mais ce n’est pas parce qu’on pianote sur le clavier de gros et puissants ordinateurs que ce qu’ils régurgitent est nécessairement conforme à la réalité climatique de l’avenir. OURANOS, au fond, c’est un club sélect de pianoteux de superordinateurs qui font des horoscopes climatiques pour le siècle à venir. Par exemple, l’horoscope d’Hydro-Québec : température à la hausse jusqu’en 2100; pluies abondantes; vous allez devoir construire de nouveaux barrages pour contenir les surplus d’eau.

De nos jours, si quelqu’un s’avisait de faire des prophéties à partir de l’examen des entrailles des poulets, comme dans l’antiquité, on trouverait cela burlesque et d’une imbécilité absolue. Mais si c’est en fouillant les entrailles d’un superordinateur, alors là, vraiment, c’est on ne peut plus sérieux et admirable. Inclinons-nous avec respect devant de si clairvoyants pianoteux!

Je vais scandaliser dans doute bien des croyants de la secte carbocentriste, mais je vous annonce sans détour que consacrer 12 millions par année pour faire de l’astrologie climatique, c’est une très mauvaise allocation de ressources, pour ne pas dire du gaspillage.

Jacques Brassard

vendredi 25 juin 2010

CUL-DE-SAC

Tous les médias, ces derniers temps, ont refait l’historique de la naissance, de la vie et de la mort de l’Accord du Lac Meech qui devait permettre au Québec de se blottir dans le giron constitutionnel canadien, dans «l’honneur et l’enthousiasme», pour reprendre la formule de Mulroney.

Je vous fais grâce des péripéties de cette saga, rocambolesque à bien des égards (rappelons-nous la plume de l’indien Elijah Harper, au parlement manitobain), mais il convient de se remémorer la minceur de la proposition constitutionnelle du gouvernement Bourassa. Ayant eu à croiser le fer à l’époque avec le Premier Ministre, je peux vous dire que M. Bourassa était un bon jouteur parlementaire difficile à coincer dans les câbles. Mais nous avons quand même réussi, à force de le harceler de questions, à lui faire admettre deux points essentiels : premièrement, que son projet de modification de la constitution était le plus minimal de toute l’histoire du Québec (ce qui signifiait qu’amoindrir sa portée serait déshonorant) ; et deuxièmement, que le concept de «société distincte» n’avait aucune primauté sur la Charte des Droits (c’était donc largement symbolique).

Bref, on était très loin du grand texte fondateur qui aurait reconstruit le Canada sur de nouvelles bases.

Et ça n’a pas marché. Ce fut un lamentable échec!

Et, vingt ans plus tard, on doit aussi conclure que ce fut la préfiguration de l’échec programmé de tout projet de réforme du fédéralisme canadien sur la base des aspirations et des attentes séculaires de la nation québécoise.

Les fédéralistes québécois l’ont bien compris. Mis à part quelques idéalistes, comme Benoît Pelletier, ils ont vite conclu qu’il leur fallait désormais adhérer au fédéralisme tel que conçu et bâti par Trudeau. Fédéralisme coopératif, fédéralisme d’ouverture, fédéralisme asymétrique, véritable confédération, nouveau partage des pouvoirs, tout cela n’est que fiction, pensée magique et onanisme intellectuel.

En matière de «renouvellement» du régime constitutionnel canadien, nous sommes donc et à tout jamais dans une impasse totale, un cul-de-sac insurmontable. Moi, si j’étais fédéraliste, je serais profondément déprimé ou profondément résigné, ou les deux à la fois.

Vous aurez compris que le seul espoir se trouve du côté de la souveraineté. Mais l’espoir est par les temps qui courent mois solide qu’on pourrait et qu’on voudrait le croire. Si ce n’est pas l’impasse absolue comme dans le cas du fédéralisme, c’est du moins le piétinement, le désintérêt et «l’arrêt sur image» (l’image étant le référendum presque gagné de 1995). Certains évoquent même la panne sèche.

Et j’ai le sentiment désagréable que le temps joue contre le projet d’indépendance. Parce que plus le temps file, plus le Québec s’embourbe dans la mélasse du multiculturalisme, fondement majeur du Canada trudeauiste.

Soyons clairs : comme nous ne sommes pas en mesure, en tant que nation , d’intégrer convenablement les nouveaux venus qui sont plutôt encouragés à s’enfermer dans le communautarisme; comme nous éprouvons d’énormes difficultés à franciser convenablement les immigrants; comme, de plus, dans les communautés musulmanes gangrenées par l’islamisme, nos valeurs fondamentales sont largement honnies; et comme les Québécois dits de souche sont toujours divisés sur la question nationale, je ne peux que constater que le temps joue contre la souveraineté.

Par conséquent, dans un éventuel troisième référendum, les «votes ethniques», pour reprendre l’expression de M. Parizeau, vont peser encore davantage dans la balance. Il faudrait que la communauté nationale fasse bloc, mais comme ce ne fut pas le cas en 1980 et en 1995, ce ne sera sans doute pas le cas non plus lors d’un prochain référendum.

Car, voyez-vous, comme l’écrivait Joseph Facal, «Nous sommes cependant un cas tout à fait unique. J’avoue ne pas connaître d’autre exemple d’un peuple qui aurait pu librement, pacifiquement, sans verser une goutte de sang, devenir souverain et qui, nos pas une, mais deux fois, a choisi de rester une minorité entretenue et dépendante et de continuer à obéir aux lois votées par un autre peuple qui s’impose à lui par la force du nombre. Nous sommes passés d’une dépendance qui nous fut jadis imposée par les armes à une dépendance à laquelle nous consentons volontairement nous-mêmes, à une subordination auto-imposée.»

Curieusement, mon ex-collègue a intitulé son livre «Quelque Chose comme un Grand Peuple», reprenant ainsi la célèbre phrase de René Lévesque au soir de la victoire électorale de 1976. Mais en omettant l’adverbe «peut-être»! Car Lévesque n’a pas dit : «Nous sommes quelque chose comme un grand peuple.» Il a dit : «Nous sommes PEUT-ÊTRE quelque chose comme un grand peuple.» Le «peut-être» est essentiel. Par ce que ça signifie que même dans l’euphorie de la victoire, René Lévesque avait des doutes sur notre appartenance à la catégorie des «grands peuples».

Et, ma foi, lorsqu’on observe la situation présente, on comprend que Lévesque ait pu être dubitatif. Il nous connaissait bien. Il était clairvoyant. De nos jours, en effet, on ne peut pas vraiment dire que nous sommes «quelque chose comme un grand peuple». Le peuple québécois est actuellement déboussolé, oublieux de plus en plus de ses racines, incapable d’assumer pleinement son avenir, envahi par l’indifférence face à la résurgence des périls linguistiques, infecté par des virus idéologiques (écologisme, pacifisme, palestinisme, alter-mondialisme), empêtré dans le multiculturalisme délétère, souffrant d’une grave addiction à l’étatisme, de plus en plus marginalisé sur la plan politique au sein du Canada et davantage porté à considérer le patriotisme comme un vieillerie dérisoire.

Un «grand peuple», le peuple québécois? Peut-être! Comme dirait Lévesque. Et si c’est vraiment le cas, il nous faut constater qu’il est comme en dormance. En hibernation.

Jacques Brassard

vendredi 11 juin 2010

DIABOLISATION ET DÉLÉGITIMATION D'ISRAËL

À chaque fois (c’est comme ça depuis 60 ans) qu’Israël agit pour à la fois défendre son existence et assurer la sécurité de ses citoyens, on observe toujours, dans les médias occidentaux et au sein de la gauche béatement et bêtement pro-palestinienne et de la nébuleuse d’ONG peuplées d’idiots utiles antisionistes, la même réaction antisémite, la même désinformation, la même propagande islamiste imbibée de haine, la même amnésie sur la vraie nature du Hamas.

La dernière crise d’hystérie anti-Israël a eu lieu lors de la tentative par des activistes turcs pro-Hamas de briser le blocus naval israélien de la bande de Gaza.

Et, comme d’habitude, les blablateux médiatiques ont repris automatiquement et sans sourciller le nom utilisé par les activistes islamistes pour désigner leur opération : «flottille de la liberté», «free Gaza».

Il faut vraiment avoir la certitude que la presse occidentale est solidement asservie à la propagande et à la vulgate islamistes pour oser proclamer sans vergogne qu’une manœuvre navale résolument motivée par la haine des Juifs a quelque chose à voir avec la liberté, cette valeur fondamentale et fondatrice de l’univers démocratique.

Il suffisait pourtant d’une simple vérification pour savoir qui était à l’origine de cette randonnée d’extrémistes nazislamistes. C’est une organisation turque, l’IHH, islamiste bien sûr, donc ouvertement antisémite, qui a des liens avec Al Quaida et qui vise ni plus ni moins à détruire Israël. Il faut vraiment être d’une bonasserie à brailler pour croire et faire croire au monde que les «touristes» de la flottille arraisonnée par la marine israélienne sont de gentils militants pacifistes qui veulent porter secours aux «malheureux-palestiniens-affamés-par-l’État-Hébreu».Il y avait à bord du vaisseau principal une meute d’activistes turcs fanatisés, souhaitant le martyr, munis de barres de fer, de couteaux et d’armes à feu qui se sont rués sur les premiers soldats israéliens en en blessant sérieusement une dizaine. La riposte armée était un acte de légitime défense. Par ailleurs, ce convoi était tout, sauf humanitaire. Les médias occidentaux (incluant ceux du Québec), quand Israël est concerné, basculent dans la malhonnêteté intellectuelle et le parti-pris idéologique en persistant à désigner cette flottille de la haine comme un «convoi humanitaire». C’est de la désinformation à l’état pur. Car ce que recherchaient ces djihadistes, et ils ne s’en cachaient pas, c’était l’affrontement avec Israël dans le but évident de poursuivre la campagne islamiste de sabotage de la légitimité de l’État Hébreu. C’est pourtant bien connu que la population de Gaza est approvisionnée régulièrement, via Israël, en nourriture, en eau, en énergie, en pétrole et en médicaments. Elle ne souffre aucunement de la faim. À chaque jour, des camions chargés de tonnes de provisions et d’essence franchissent les points de passage vers Gaza. Et à chaque jour, des habitants de Gaza vont se faire soigner et traiter dans les hôpitaux israéliens. Le mythe de Gaza affamé est une arme de désinformation massive qui, malheureusement, fait des ravages dans le cerveau des journaleux, des chroniqueux, des gauchistes, des politiciens, des artistes, des intellos et des bobos benêts. Il est ahurissant de voir autant de caves occidentaux adhérer à un mensonge aussi gros, donc facilement détectable en se donnant juste un peu la peine de s’informer.

Ce dont souffre la population de Gaza, ce n’est pas de faim, mais de tyrannie, celle du Hamas qui, depuis 2006, règne par la terreur, la violence et le meurtre sur la bande de Gaza. Le Hamas est une organisation terroriste, reconnue comme telle, et dont le but affiché est la destruction de l’État d’Israël. Oser parler de paix et de liberté à propos de Gaza, lorsqu’on sait que ses habitants sont opprimés par ces barbus barbares, sanguinaires et obscurantistes qui leur tiennent lieu de gouvernants, c’est vraiment d’une obscénité à vomir.

Précisons d’autre part que ce blocus est parfaitement conforme au droit international. Les terroristes du Hamas ayant expédié plus de 10,000 roquettes et missiles sur les villes israéliennes depuis 2006, il est tout à fait légitime qu’Israël prenne les moyens pour empêcher le trafic d’armes et de munitions en vue de réarmer les brigades de la terreur dans la bande de Gaza. Et il est hors de question que l’État Hébreu compte sur l’ONU pour stopper ce réarmement. Les casques bleus sont déjà présents au Sud-Liban et ils jouent les soldats d’opérette. Le Hezbollah, créature sanguinaire du régime totalitaire iranien, qui devait être désarmé (en vertu d’une résolution de l’ONU) entasse les armes lourdes dans ses bunkers sous les yeux et à la barbe des gentils onusiens.

Ne nous trompons pas, cet incident, somme toute minuscule, s’inscrit dans le cadre d’une confrontation qu’on peut qualifier de planétaire, entre, d’un côté, la civilisation occidentale, fondée sur les valeurs de liberté, de dignité humaine, de démocratie et dont les racines judéo-chrétiennes ne sont pas encore entièrement oubliées (ce qu’on appelait du temps du communisme triomphant le Monde Libre) et, de l’autre côté, les forces conjuguées de l’islamonazisme qui est un totalitarisme aussi redoutable et aussi destructeur que les deux qui ont plongé le monde dans l’horreur concentrationnaire et le massacre de masse au siècle précédent, le nazisme et le communisme. Ce totalitarisme islamiste, comme les deux frères jumeaux du XXe siècle, là où il est fortement implanté comme en Iran et dans bien des parties du monde musulman, fondé sur l’exécration de l’Occident et de ses valeurs, plonge des peuples entiers dans l’obscurantisme, la barbarie et l’asservissement, voue une haine absolue aux Juifs et étend ses tentacules, par le biais de l’immigration, dans la plupart des grandes villes occidentales.

Israël, dans cette Guerre Mondiale, est le bastion le plus avancé de la civilisation occidentale. Son existence est sans cesse menacée et il a le devoir de se défendre. Et, nous, nous avons le devoir de le soutenir.

Alors, comment se fait-il que la machine de propagande de l’islamonazisme est si efficace au sein de nos élites et de nos médias? La situation ressemble beaucoup à celle qui prévalait dans les années 60-70. En ce temps-là, rappelons-le nous, il y avait une organisation mondiale qui s’appelait le Mouvement pour la Paix qui planifiait et mettait en branle, à travers le monde, d’immenses manifestations pour la Paix, mais dont la cible unique était toujours les États-Unis, jugés belliqueux à outrance, et l’Occident en général, considéré comme dangereux et agressif. Par contre, pas un seul reproche ne s’exprimait, dans ces manifs, envers l’URSS qui poursuivait pourtant une politique vigoureuse d’expansion appuyée sur un armement en progression constante. Forcément, puisque le Mouvement pour la Paix était une créature solidement assujettie au Kremlin. Le même phénomène existe aujourd’hui. La propagande islamo-palestinienne peut être efficacement relayée par une mouvance d’ONG et d’organisations pacifistes antisémites et anti-Occident, avec le soutien actif des syndicats, de la gauche, de l’extrême-gauche et de l’extrême-droite. Et cette propagande est toute entière fondée sur la haine : la haine des Juifs et la haine de l’Occident. Et comme à l’époque du Mouvement pour la Paix, les médias occidentaux diffusent, sans regard critique, sans le détachement requis, les mensonges et la désinformation préfabriqués à Téhéran, à Gaza, à Ramallah ou à Istanbul et visant à conforter et à consolider la diabolisation et la délégitimation d’Israël.

Et cette machinerie de propagande fonctionne à merveille parce qu’elle s’appuie sur une pulsion antisémite toujours présente au sein des nations occidentales et sur un vieux fond de judéophobie chrétienne. Cette dernière n’est pas de nature raciste, comme l’antisémitisme nazi, mais religieuse. Le peuple juif était vu comme un «peuple déicide» (les Juifs ont crucifié le Christ). Le fondement religieux a pratiquement disparu—l’abandon du christianisme s’étant largement répandu au Québec et en Europe— mais la judéophobie , elle, est restée enkystée dans bien des cerveaux. Je l’ai constaté et vérifié récemment à l’occasion de l’Assemblée Générale de l’Amicale des Anciens Parlementaires. Lors de contacts avec mes anciens collègues, plusieurs, connaissant mes positions pro-Israël, m’ont interpelé et ont manifesté leur désaccord dans des termes qui fleuraient l’antisémitisme, ou à tout le moins la judéophobie, à plein nez.

Ne nous aveuglons pas, cet incident de la «flottille de la Paix» (!!!) fait partie de la guerre multiforme (médiatique, terroriste, juridique et génocidaire) que mènent les islamonazis de l’axe Syrie-Iran-Hamas-Hezbollah-Al Quaida contre la seule démocratie du Proche-Orient, l’État d’Israël, et contre le Monde Libre.

«Les vrais fascistes, écrit Riposte Laïque, la menace numéro un dans le monde en 2010, ce sont les islamistes. Les vraies victimes potentielles, c’est d’abord Israël, que le dictateur iranien et ses alliés ont décidé de rayer de la carte. La disparition d’Israël est une première étape dans la conquête du monde que les fanatiques musulmans appellent de leurs vœux, les manifestations haineuses qui fleurissent partout dans le monde, musulman ou pas, dès qu’Israël lève le petit doigt, en témoignent.»

Jacques Brassard

jeudi 27 mai 2010

LAPIDATION ET LYNCHAGE

Je vous le dis sans détour, j’ai trouvé immondes et dégueulasses les réactions des matamores progressistes, des journaleux modernistes, des guerrières féministes et des politiciennes outrées à la suite de la dernière intervention du cardinal Ouellet sur l’avortement. Toute cette meute de bravaches s’est ruée sur le prélat pour, symboliquement, le lapider et le pendre haut et court sur la place publique. Un lynchage dégoûtant! C’était à qui serait le plus…«héroïque». Vous savez, le genre : « T’as vu comment je l’ai planté, le cardinal?». Ces pauvres farauds s’imaginaient sans doute qu’ils s’en prenaient à un Staline réincarné et qu’ils risquaient la torture et le goulag. Curieux retournement : voilà les lyncheurs qui se croient courageux!

Pourtant le cardinal n’a fait qu’énoncer la doctrine de l’Église en cette matière. Il n’a innové d’aucune façon. C’est ce que Jean-Paul II, pape charismatique, n’a jamais cessé de dire et de redire. Cette position doctrinale est d’ailleurs fort bien définie dans l’Instruction Donum Vitae du 22 février 1987 :« Le fruit de la génération humaine, dit-elle, dès le premier instant de son existence, c’est-à-dire de la constitution du zygote, exige le respect inconditionnel moralement dû à l’être humain dans sa totalité corporelle et spirituelle. L’être humain doit être respecté et traité comme une personne dès sa conception, et donc dès ce moment on doit lui reconnaître les droits de la personne, parmi lesquels en premier lieu le droit inviolable de tout être humain innocent à la vie.»

Pourquoi cette position si solidement fondée sur l’éminente dignité de la personne humaine suscite-elle tant de cris indignés et d’injures grossières chez les partisans de l’avortement? Peut-être pour masquer la faiblesse, sur le plan éthique, de leur propre position?

Dans son livre sur Le Principe d’Humanité, Jean-Claude Guillebaud évoque le Code de Nuremberg élaboré à la suite du procès des Nazis (1946-47) qui fixait des règles et des limites à toute expérimentation sur l’homme. «Ce code, écrit-il, reformulait explicitement un principe d’appartenance. Un principe imprescriptible. Tout homme, toute femme, tout enfant--même handicapé mental, même sans conscience, même sans langage, même agonisant--est membre à part entière de l’espèce humaine. Il est titulaire, en tant que tel, d’une dignité que rien ni personne ne saurait violenter. C’est ainsi que se trouva réévaluée à la hausse l’exigence de dignité humaine. Nous vivons encore avec cette exigence. Qui pourrait accepter qu’elle soit contestée?»

Il est évident qu’à partir de ce «principe d’humanité», on en arrive à se poser la question de la dignité humaine de l’embryon. Comment peut-on logiquement et éthiquement l’en priver? C’est pourtant ce que l’on fait, les droits de la personne n’existant qu’en dehors du sein maternel. Dans le ventre de la mère, ce n’est qu’un amas de cellules. Il y a là, chez les tenants de l’avortement, une incohérence et une défectuosité sur le plan anthropologique et humaniste et ils écument de rage quand quelqu’un s’avise de leur mettre sous le nez. Ils perdent alors les pédales et ne font qu’éructer des invectives et des grossièretés.

Et sur une question aussi fondamentale, la réplique est toujours la même et elle consiste à évoquer le cas de la femme devenue enceinte à la suite d’un viol. La seule fois où j’ai abordé ce sujet avec mes petites-filles, c’est justement – et dès le départ de la discussion – ce cas qui fut avancé. Sur 30,000 avortements par année au Québec, combien de grossesses résultant d’un viol? On continue quand même d’insister pesamment sur ce cas limite et somme toute marginal.

Et contrairement aux prétentions des lyncheurs déchaînés de nos élites «modernistes», le cardinal n’a pas fait preuve de dureté et d’absence de compassion devant ces cas déchirants. Dans une émission de TVA, entendant le témoignage bouleversant d’une femme violée et qui avait, dans l’angoisse et la douleur, fini par opter pour l’avortement, il a dit : « Je comprend votre détresse et je ne vous condamne pas!».

Le dogme féministe en matière d’avortement repose sur le postulat suivant : le corps de la femme est sa propriété, donc de l’ordre de l’avoir. En conséquence, la propriétaire a le droit de disposer d’une excroissance interne de son corps. Or, écrit Jean-Claude Guillebault, «l’homme, en effet, ne POSSÈDE pas son corps, il EST son corps. » Nous voilà donc dans l’ordre de l’être et non de l’avoir. Et l’embryon, lui, est un autre être. Évidemment, l’être humain est plus qu’un corps. C’est aussi une conscience, plusieurs diront une âme.

C’est exactement ce que le cardinal Ouellet nous dit. Je vous cite un long extrait de son intervention devant la Fédération des Médecins Catholiques. Je le fais parce qu’il s’agit non seulement d’une réflexion d’une grande rigueur intellectuelle mais aussi d’une vision humaniste fortement enracinée dans la pensée gréco-latine et la tradition judéo-chrétienne, c’est-à-dire les fondements mêmes de la civilisation occidentale.

« Si on ne respecte pas la personne humaine tout simplement parce qu’elle est une personne humaine ou un être humain, on supprime le fondement des normes qui régissent la vie en société, c’est-à-dire le fondement du droit. On fait place à un autre fondement, consensuel, aléatoire, éphémère, évolutif et mouvant.

Une personne humaine a droit à la vie parce qu’elle est une personne humaine, non parce qu’elle est attendue, désirée, qu’elle ne dérange pas, qu’elle ne menace pas, parce qu’elle ne coûte pas cher, etc. Il n’y a pas de raison qui déboute la raison fondatrice, la valeur première, le pilier qui soutient tout l’édifice.

Si le droit à la vie est soumis aux intérêts subjectifs des individus, on instaure comme fondement de la vie en société le droit du plus fort, ce qui entraîne la suppression légale des grossesses non désirées, reléguant l’être humain dans le sein maternel à un statut juridique de seconde classe, pour ne pas dire inexistant.

Dans une société où on abhorre la discrimination sous toutes ses formes, on instaure la discrimination à l’égard des êtres les plus faibles, les plus incapables de se défendre. Et pour se donner bonne conscience, on argumente le déni de la dignité de personne qui mettrait à l’abri ces êtres fragiles. On les réduit au niveau d’une excroissance organique à éliminer, s’il faut assurer la santé de la mère qui se sent agressée, menacée ou simplement, en certains cas, importunée dans son plan de carrière.

Non seulement cet être humain est incapable de se défendre, mais on prive ceux et celles qui voudraient le défendre des moyens légaux pour le faire. En d’autres termes, on érige l’iniquité en système et on façonne l’opinion publique à grand renfort de pression médiatique avec la valeur suprême de l’affirmation de soi et de la liberté de choix, sans égard pour la dignité de la personne humaine.»

On peut être en désaccord avec cette position, mais il est odieux de la décrire comme extrémiste, incohérente, loufoque et saugrenue.

Vous savez combien j’apprécie la vigueur intellectuelle et la liberté de penser de certains jeunes intellectuels québécois. Les lire me remonte le moral. Mathieu Bock-Côté et Carl Bergeron sont de ceux-là. Et relativement à la lapidation et au lynchage du cardinal Ouellet, j’emprunte à Carl Bergeron (dont les éditoriaux hebdomadaires sur son blog l’Intelligence Conséquente sont si…éclairants) la conclusion de ce billet. «Évidemment, écrit-il, la culture de mort évoquée par Ouellet a beaucoup fait ricaner dans les salles de rédaction. Pourtant, il n’y a pas de quoi. La «culture de mort», ou le nihilisme, est la question philosophique capitale de la fin du XIXe siècle et de tout le XXe siècle. Les totalitarismes nazi et communiste ont été le produit de bien des choses, d’une conjoncture historique certes variable selon les nations, mais ils partageaient une même négation de la nature transcendante et de la dimension spirituelle de l’homme, de son caractère moral. En se prononçant sur l’avortement, Ouellet s’exprime sur un sujet sensible qui recèle--comme l’euthanasie, d’ailleurs--des questions immenses sur la nature morale de l’homme et les finalités de la vie humaine. Son point de vue peut être questionné et discuté--non seulement il peut, mais il doit l’être. Mais il ne peut être rangé dans le camp de l’abjection et de l’intégrisme néo-fasciste, dans le camp de l’inhumanité, comme ce fut le cas dans les médias québécois cette semaine, alors qu’il ne cessait, au contraire de tout de que fut le totalitarisme, d’interroger philosophiquement la responsabilité morale qui vient avec le don de la vie.»

Le cardinal Ouellet ne mérite pas d’être couvert de crachats et l’Église québécoise ne mérite pas non plus cette haine féroce et pathologique dont elle est l’objet. «Les Québécois hypermodernes, écrit encore Carl Bergeron, sont-ils en colère contre l’Église (puisqu’ils la connaissent si mal), ou en colère contre eux-mêmes, en se voyant confrontés à leur propre vide existentiel et moral? Chose certaine, ils ne savent ni d’où ils viennent, ni où ils vont. Instabilité qui peut les rendre bien susceptibles.» Tout est dit.

Jacques Brassard

Je vous avise que pour l’été qui vient, mon billet paraîtra aux deux semaines. Il faut dire aussi que ma femme est gravement malade et qu’elle a besoin de mon soutien. Bon été!

samedi 15 mai 2010

QUEL MONDE DÉLIRANT!

Un palmarès instructif

La question posée est la suivante : « Croyez-vous que l’activité humaine soit la principale cause du réchauffement climatique?» C’est la question d’un sondage CROP dont les résultats, instructifs et édifiants, se retrouvent dans le numéro du premier juin de l’Actualité.

Au Québec, seulement 15% de la population pensent que les êtres humains ne sont pas responsables du réchauffement climatique. En Ontario : 34%; en Alberta : 44%; au Manitoba et en Saskatchewan : 52%; et aux États-Unis :59%.

Qu’est-ce que cela signifie? Quelle conclusion doit-on tirer d’un tel coup de sonde? Pensez-y bien! 85% des Québécois sont persuadés que, nous, les humains, sommes responsables du réchauffement de la Planète Terre. Effarant! Et exorbitant! Est-ce que ça veut dire que les Canadiens anglais et les Américains sont des cancres et des abrutis incapables de comprendre la substantifique moelle de l’évangile du GIEC, la secte onusienne du climat? Et que nous, Québécois, avons reçu une grâce sanctifiante nous permettant de saisir le message réchauffiste? Bien sûr que non!

L’explication de ces résultats n’a rien à voir avec l’intelligence et l’aptitude à comprendre les phénomènes complexes des trois peuples concernés : Canadien, Québécois et Américain.

En réalité, la singularité des Québécois sur cette question (comme sur bien d’autres) s’explique par le fait que nous vivons dans une société de type totalitaire sur le plan de la pensée en matière de climat. Chez nous, au Québec, il n’y a jamais eu de débat scientifique sur l’origine du réchauffement climatique. C’est le régime de la Pensée Unique. À quelques exceptions près, il n’y a pas de scientifiques qui contestent la thèse (on pourrait dire le dogme) du GIEC. Et dans les médias et la classe politique, c’est la même réalité : une seule théorie, une seule vulgate, celle de la responsabilité humaine du réchauffement. Convenez que ça fait très…stalinien! Les quelques rares dissidents sont réduits au silence ou refoulés dans les marges.

Sauf, peut-être, dans la Vieille Capitale et ses environs où plusieurs animateurs de radio (dont Sylvain Bouchard) contestent régulièrement le dogme réchauffiste. Ce qui se reflète dans le sondage. Dans la région de Québec, il y a, en effet, 22% de réfractaires, soit 7 points de plus que la moyenne québécoise (15%).

Or, au Canada et aux États-Unis, contrairement au Québec, il existe un véritable débat parmi les scientifiques de même qu’au sein des médias et de la classe politique. Et le point de vue des hérétiques est vraiment sur la place publique.

Par conséquent, les Canadiens et les Américains sont beaucoup mieux informés et beaucoup mieux éclairés sur les enjeux et les théories climatiques que les Québécois. Ces derniers, il faut malheureusement le dire, sont, en cette matière, des ignares ahuris victimes d’un bourrage de crâne intensif et exclusif. Je trouve cela bien attristant et bien lamentable.

Il nous reste à placer notre confiance-- si l’on veut mettre fin à ce que Claude Allègre appelle une imposture climatique-- …dans le peuple américain!!!



Les mystiques du CO2

Dans un numéro de mars du Point, je tombe sur un article nous informant du grand succès d’un livre de Colin Beavan, intitulé No Impact Man et dans lequel il fait part de son expérience pour réduire à zéro son empreinte carbonique et celle de sa famille. Proprement ahurissant!

Extrait de l’article :«Il n’utilise plus de papier toilette --«chaque minute, dit-il, la consommation de papier toilette nécessite qu’on abatte l’équivalent de neuf terrains de foot dans la forêt amazonienne, je ne pouvais plus essuyer mes fesses dans un arbre»--,il a supprimé le dentifrice, remplacé par une pâte de bicarbonate de soude, obtenu un savon sans additif chimique--«j’ai dû le faire faire, car même le savon bio contient des huiles essentielles et aromatiques, qu’on retrouve dans les eaux usées, ce qui nuit aux poissons»--,il a coupé l’électricité de l’appartement familial, tenté de laver son linge à la main, en le foulant pieds nus dans la baignoire…Il a passé des heures, pédalé des kilomètres à bicyclette pour trouver les moyens de ne nourrir sa famille à trois têtes qu’avec de l’alimentation produite selon les canons de l’agriculture biologique dans un rayon de 400 kilomètres (exit le café remplacé par des plants de menthe sur le balcon, exit les fraises, l’ananas, le ketchup, le fromage, place aux choux, aux panais, aux salsifis et au potimarron tout l’hiver)…Il a arrêté de prendre le métro, de regarder la télévision, de monter en ascenseur, d’acheter de l’eau en bouteille…Sa femme et lui ont renoncé à passer les fêtes de fin d’année dans leur famille joignable seulement en avion--«Pas d’empreinte carbone, soit, l’a morigéné son père, mais as-tu songé à ton empreinte familiale?» »

J’arrête les citations. Toute cette frugalité délirante, tout cet ascétisme débile, toutes ces mortifications, tous ces renoncements, toutes ces pénitences pour…ne pas émettre de CO2, c’est vraiment d’une absurdité totale.

Autrefois, dans les grandes religions, il y avait des saints et des saintes qui menaient une vie faite de privations, de dénuement, de jeûne, de sacrifices. Mais ils poursuivaient un but dont la grandeur sublime forçait l’admiration : entrer en relation mystique avec Dieu.

Aujourd’hui, tous les Colin Beavan de ce monde, tous les écolos radicaux, tous les locavores extrémistes, s’imposent abnégations et renoncements, comme les mystiques d’antan, mais pour un objectif d’une insignifiance absolue, réduire les émissions d’un gaz à effet de serre (le CO2), inoffensif en plus. On est loin de l’union spirituelle avec Dieu recherchée par les ascètes.

Vous me direz : «ce sont des hurluberlus». Exact. Mais ils ne font qu’appliquer sans limite les principes fondamentaux de l’idéologie écolo : l’espèce humaine est une espèce nuisible et malfaisante; le mode de production capitaliste, même s’il a sorti l’humanité de la misère, doit être éradiqué ; la société de consommation, qui a fait grimper l’espérance de vie de 30 à 80 ans en quelques siècles, doit être anéantie; le CO2, un gaz pourtant utile à la vie, ne doit plus provenir de nos activités.

Voilà donc ce qu’il advient dans un monde sans transcendance. On se complait dans l’indigence de la pensée et les platitudes hystérico-carboniques du genre : « Il faut se torcher le cul comme les australopithèques.»

C’est à la fois loufoque et pathétique.

Jacques Brassard

samedi 8 mai 2010

QUERELLE AUTOUR DU DIEU ÉOLE

À Saint-Gédéon, au Lac St-Jean, une coopérative comprenant plusieurs agriculteurs pilote un projet de parc éolien en milieu rural. Cette initiative énergétique est une manifestation parmi d’autres de l’engouement récent, au sein de la société québécoise, pour la filière éolienne. Le culte du dieu Éole est très à la mode ces temps-ci et il y a un clergé zélé (recruté chez les groupes écolos) tout entier consacré à son service. Il y a beaucoup de fidèles à l’Église des Quatre-Vents : les partis politiques, les médias, les verdoyants de tous poils, les zartistes engagés. Et l’on peut voir, à travers le Québec, des communautés (municipalités, MRC) qui, face à cette nouvelle mode, sont tentées par les redevances générées par la mise en place de monstrueux vire-vent. Après tout, des investissements énergétiques valent bien une petite génuflexion devant le dieu Éole.

À prime abord, ce recours à l’éolien pourrait bien être considéré comme une bonne façon de diversifier nos sources d’énergie. C’est, on le sait, l’une des rares formes d’énergie qui trouve grâce aux yeux des écolos. Pour ces derniers, le nucléaire, c’est l’œuvre du diable; les grands et les petits barrages, ce sont des nuisances intolérables; et les centrales thermiques, ce sont des abominations. Alors, vive le Vent!

Mais devant des projets bien concrets et bien localisés d’implantation d’éoliennes, les opposants se multiplient. Et ils font partie du peuple. Moi qui fus pendant des années un des rares mécréants face à cette nouvelle foi, je me réjouis de voir que de plus en plus de citoyens manifestent leur opposition à la mise en place dans leur milieu de ces gigantesques moulins à vent. C’est le cas, par exemple, à St-Gédéon du Lac St-Jean ou des centaines de citoyens se sont regroupés et proclament leur refus de voir se dresser chez eux ces énormes totems de la rectitude écologique. Évidemment, devant cette chicane de famille, les élus marchent sur des œufs et tentent de calmer le jeu.

Forcément, on cherche à dévaloriser leur opposition en l’associant au syndrome «pas dans ma cour». Et alors? S’ils n’en veulent pas dans leur cour, c’est peut-être parce qu’ils voient, à juste titre d’ailleurs, ces tours monumentales comme une pollution visuelle insupportable. Comprenons-nous bien, il ne s’agit pas ici de bucoliques et charmants moulins à vent, mais de tours gigantesques de plus de 300 pieds, équipées de pales de plus de cent pieds. Bref, des vire-vent monstrueux! Il est donc évident que ça ne peut qu’enlaidir le décor.

J’ai déjà proposé, pour tester la foi des fidèles du dieu Éole, que l’on plante des éoliennes sur les flancs du Mont-Royal et autour des belles demeures campagnardes de nos zartistes en Estrie ou dans les Laurentides. Je suis persuadé qu’il y aurait alors une sérieuse crise de la foi chez les bobos du Plateau et d’Outremont et au sein de notre ineffable élite écolo-culturelle. Pour tout ce beau monde, il est tout à fait justifié de défigurer les paysages chez les indigènes du Québec profond mais il faut de toute nécessité protéger le milieu de vie du clergé d’Éole. Dans un pareil cas de figure, nous verrions le réflexe «pas dans ma cour» cesser d’être trivial et populacier pour devenir subitement honorable et d’une grande profondeur philosophique.

Mais la dimension pollution visuelle n’est pas le seul motif pour justifier une opposition à un projet comme celui de St-Gédéon. Il y en a d’autres.

C’est d’abord une énergie qui coûte cher. Le prix de l’énergie éolienne se situe aujourd’hui à 11 cents le KWh. Trop coûteux. Actuellement, chez Hydro-Québec, le prix est nettement inférieur. Pour le bloc patrimonial, il est de 2,9 cents le KWh. L’énergie de Toulnoustouc est de 4 cents. Celle d’Eastmain, de 5 cents. La filière éolienne est donc trop coûteuse. Du simple point de vue du consommateur, ce n’est donc pas une bonne filière.

De plus, c’est une filière qui n’est pas très efficace. Son facteur d’utilisation est en moyenne de 20%. Ça signifie que sur une période de 24 heures, une éolienne ne fonctionne que 4 à 5 heures. En moyenne, bien sûr. En comparaison, une centrale hydroélectrique a un facteur d’utilisation se situant entre 70% et 90%. Et je n’invente rien. Axor, une entreprise qui possède et exploite des parcs éoliens près de Matane, nous révèle, dans un mémoire déposé devant les Régie de l’Énergie, que le facteur d’utilisation de son parc gaspésien qui, en théorie, devrait être de 25% n’est, en réalité, que de 18%. Rendez-vous compte : les vire-vent de Matane ne produisent de l’énergie que pendant 18% du temps. Il est donc tout à fait justifié de qualifier d’inefficace et de peu fiable la filière éolienne.

Comment se fait-il qu’au royaume de l’hydroélectricité, on ait décidé de privilégier une filière coûteuse, inefficace, peu fiable et qui pollue nos plus beaux paysages? La réponse est à la fois décourageante et déconcertante : pour faire plaisir aux Verts. Hydro-Québec et la classe politique savent pourtant très bien que c’est un mauvais investissement et une mauvaise allocation de ressources. Ces milliards qu’on investit dans les gros vire-vent seraient bien plus productifs dans la filière hydroélectrique (grandes et petites centrales) et la filière thermique (centrales au gaz et à la biomasse). Mais on le fait pour amadouer les écolos et se donner une image de verdoyant irréprochable. C’est cependant une posture et une défroque qui nous coûtent beaucoup trop cher. Pour tout dire, c’est du gaspillage de ressources tout aussi scandaleux, sinon plus, que toutes les dépenses inutiles de fonds publics qui font la manchette actuellement.

Le dieu Éole est bien trop frivole, trop inconstant et tout compte fait trop paresseux pour mériter les hommages qu’on lui rend et le culte qu’on lui voue présentement. Et en tant que mécréant affiché, je soutiens le groupe de citoyens de St-Gédéon qui réclame avec raison que les mâts totémiques de ce dieu si capricieux ne viennent pas encombrer nos paysages.

Le gouvernement et Hydro-Québec devraient mettre un terme aux appels d’offre pour de l’énergie éolienne. En ces temps difficiles que nous vivons, et où tout le monde convient qu’il faut s’attaquer au déficit et à la dette publiques et qu’il faut réduire substantiellement les dépenses de l’État, il est impératif, en matière d’énergie, de s’assurer de faire des investissements dans des filières productives. La filière éolienne n’en fait pas partie.

Jacques Brassard