Vous trouverez dans le dernier commentaire reçu (d’un anonyme évidemment) un prototype exemplaire du catéchisme diabolisant de la gauche écolo-bobo à l’égard de Stephen Harper et son parti.
Il manque certaines choses cependant. On pourrait y ajouter que M. Harper est un tireur fou : il tire sur tout ce qui bouge avec son .12 à pompe; et un misogyne exécrable : les femmes devraient être enfermées au logis et se la boucler. Toute une série de scènes de «Et Dieu Créa Laflaque» le confirme de façon indiscutable!
Mais les pires clichés anti-Harper sont là. Inaction en environnement (Hourrah! Pas de taxe carbone!); collusion État-Capital (n’importe quoi!); inclusion de la morale dans les choix politiques (ça, c’est le lieu commun le plus nocif : l’action de l’État ne doit pas s’appuyer sur des règles morales! L’État doit mariner dans le cloaque du relativisme le plus délétère!); abolition du registre des armes à feu (pour les armes de chasse seulement! On omet de le dire. Excellente mesure!); des politiques anticulture (c’est quoi, ça? En quoi imposer des contraintes budgétaires à Radio-Canada est-il une agression contre la Kuuulture? ); Manque de transparence (Ben voyons! Quand même, il faut bien qu’il tienne secret le complot diabolique qu’il a ficelé pour abolir les élections!).
Ce qui me les broie menu dans cette litanie radotée ad nauseam, c’est cette suffisance de la gauche écolo-bobo devant la droite, toujours infâme, il va sans dire. Cette prétention omniprésente à détenir la vérité. Cette arrogance inentamable devant ceux qui ont l’outrecuidance de ne pas vouloir proclamer l’évangile de la gauche étatiste et gaspilleuse. Cette certitude granitique d’être les seuls dispensateurs de la compassion et de la justice.
Quel caquet insupportable! Jugez-en vous-mêmes! Je le publie à cette fin.
J’en publie un autre, L’auteur, anonyme bien sûr, pense que je vais le flusher. Pas du tout! C’est un si bel échantillon des sentiments si élevés qui illuminent la gauche œcuménique. Quand on observe une rage aussi haineuse chez les suppôts de la go-gôche, on comprend pourquoi le goulag est apparu.
Jacques Brassard
dimanche 8 mai 2011
mercredi 4 mai 2011
POST-SCRIPTUM
POST-SCRIPTUM
Je me dois d’ajouter quelques remarques à ma missive, compte tenu des réactions plutôt acerbes et des vives remontrances que certaine m’ont adressées.
D’abord, je tiens à dire que je ne méprise pas le peuple québécois. Mais ça fait un bail que je n’en suis pas fier. C’est un peuple émoussé par des siècles de dépendance. Comment peut-on être fier d’un peuple qui a refusé à deux reprises d’assumer pleinement son destin, ce qui en fait un cas d’exception dans l’univers des nations? Il ne faut jamais oublier que le soir de la victoire de novembre 76, René Lévesque avait proclamé que les Québécois étaient « peut-être quelque chose comme un grand peuple ». L’adverbe « peut-être », qui indique le doute, n’est pas superflu dans la fameuse expression. Lévesque savait bien que l’émancipation nationale n’avait rien d’inéluctable. Et il avait raison.
Certains me traiteront de vieux séparatiste et de nationaliste de l’ancien temps. J’assume. Et je persiste à dire que ce que les Québécois ont fait lundi n’est d’aucune façon admirable ni digne d’éloge. Je n’ai pas de mépris, mais je n’en ai aucune fierté.
Par ailleurs, je dois constater que le processus de diabolisation de Stephen Harper a fonctionné à merveille. Avec la complicité et la complaisance des médias. Et l’efficacité de cette propagande est bien illustrée dans plusieurs des commentaires reçus.
L’opinion d’un anonyme que vous trouverez parmi les commentaires publiés ci-dessous en est la quintessence.
Tout y passe.
« Les avions de chasse » : une armée digne de ce nom ne doit-elle pas pourtant être convenablement équipée? Où est le scandale? À moins de vouloir abolir l’armée. Il faut le dire.
« L’avortement » : est-il donc si arriéré de considérer cet acte comme une faute contre la morale? Bien sûr! C’est légal! Mais ce qui est légal n’est pas toujours moral.
« Des prisons pour juvéniles » : sévir contre les crimes, est-ce si insoutenable?
« Perte du siège au Conseil de Sécurité » : j’en suis fort aise, car, pour y accéder, il a refusé de faire des génuflexions et du lèche-botte devant les régimes dictatoriaux, particulièrement ceux du monde musulman. Bravo! M. Harper!
«Des prix citrons en environnement» : quand on sait d’où viennent ces prix, des sectes intégristes écolos, les recevoir est quasiment un honneur!
« Les sables bitumineux hyperpolluants » : la réputation de pollueur attribuée à cette industrie est excessive et caricaturale. Et on oublie que, sans elle, il y aurait 8,5 milliards de dollars de moins dans le budget du Québec.
Par contre, je reconnais que des dépenses de 1,2 milliard pour la tenue des sommets du G8 et du G20 constituent un dérapage inacceptable.
Je maintiens cependant que Stephen Harper n’est pas un monstre abominable. Il n’a pas d’agenda caché. Avec sa majorité, il va gouverner sans provoquer de calamités. Ce n’est pas un crétin ni un inculte comme certains se plaisent à le décrire. Je vais vous révéler un secret : le Harper de «Et Dieu Créa Laflaque» n’est pas le vrai Harper! C’est une caricature! Ça vous en bouche un coin, n’est-ce pas?
Et son gouvernement commettra sans doute des erreurs et prendra sans doute aussi de mauvaises décisions. C’est le cas de n’importe quel gouvernement, qu’il soit de droite ou de gauche.
Mais il n’y a aura pas de cataclysmes.
Sur le Bloc, maintenant, qui a été pratiquement rayé de la carte. D’abord, je ne veux pas tourner le fer dans la plaie, sachant très bien que la défaite en politique est pénible à encaisser (même si je ne l’ai pas connu personnellement), mais le Bloc n’aurait pas dû renverser le gouvernement. Il n’avait pas de vraies bonnes raisons pour le faire. Le budget? Qui peut me dire les dispositions du budget qui justifiaient un renversement? Je ne m’en souviens même plus!
Et surtout, une fois en élection, il aurait dû sentir la menace NPD et, plutôt que de perdre son temps à diaboliser Harper, il aurait dû diriger son artillerie contre le NPD, son équipe faible et sans racines dans beaucoup de comtés et son programme calamiteux sur le plan des dépenses publiques. Il ne l’a pas fait. Où trop tard. Sans doute hésitait-il aussi à attaquer et à frapper un parti de la famille de gauche. Grosse erreur de stratégie!
Jacques Brassard
Je me dois d’ajouter quelques remarques à ma missive, compte tenu des réactions plutôt acerbes et des vives remontrances que certaine m’ont adressées.
D’abord, je tiens à dire que je ne méprise pas le peuple québécois. Mais ça fait un bail que je n’en suis pas fier. C’est un peuple émoussé par des siècles de dépendance. Comment peut-on être fier d’un peuple qui a refusé à deux reprises d’assumer pleinement son destin, ce qui en fait un cas d’exception dans l’univers des nations? Il ne faut jamais oublier que le soir de la victoire de novembre 76, René Lévesque avait proclamé que les Québécois étaient « peut-être quelque chose comme un grand peuple ». L’adverbe « peut-être », qui indique le doute, n’est pas superflu dans la fameuse expression. Lévesque savait bien que l’émancipation nationale n’avait rien d’inéluctable. Et il avait raison.
Certains me traiteront de vieux séparatiste et de nationaliste de l’ancien temps. J’assume. Et je persiste à dire que ce que les Québécois ont fait lundi n’est d’aucune façon admirable ni digne d’éloge. Je n’ai pas de mépris, mais je n’en ai aucune fierté.
Par ailleurs, je dois constater que le processus de diabolisation de Stephen Harper a fonctionné à merveille. Avec la complicité et la complaisance des médias. Et l’efficacité de cette propagande est bien illustrée dans plusieurs des commentaires reçus.
L’opinion d’un anonyme que vous trouverez parmi les commentaires publiés ci-dessous en est la quintessence.
Tout y passe.
« Les avions de chasse » : une armée digne de ce nom ne doit-elle pas pourtant être convenablement équipée? Où est le scandale? À moins de vouloir abolir l’armée. Il faut le dire.
« L’avortement » : est-il donc si arriéré de considérer cet acte comme une faute contre la morale? Bien sûr! C’est légal! Mais ce qui est légal n’est pas toujours moral.
« Des prisons pour juvéniles » : sévir contre les crimes, est-ce si insoutenable?
« Perte du siège au Conseil de Sécurité » : j’en suis fort aise, car, pour y accéder, il a refusé de faire des génuflexions et du lèche-botte devant les régimes dictatoriaux, particulièrement ceux du monde musulman. Bravo! M. Harper!
«Des prix citrons en environnement» : quand on sait d’où viennent ces prix, des sectes intégristes écolos, les recevoir est quasiment un honneur!
« Les sables bitumineux hyperpolluants » : la réputation de pollueur attribuée à cette industrie est excessive et caricaturale. Et on oublie que, sans elle, il y aurait 8,5 milliards de dollars de moins dans le budget du Québec.
Par contre, je reconnais que des dépenses de 1,2 milliard pour la tenue des sommets du G8 et du G20 constituent un dérapage inacceptable.
Je maintiens cependant que Stephen Harper n’est pas un monstre abominable. Il n’a pas d’agenda caché. Avec sa majorité, il va gouverner sans provoquer de calamités. Ce n’est pas un crétin ni un inculte comme certains se plaisent à le décrire. Je vais vous révéler un secret : le Harper de «Et Dieu Créa Laflaque» n’est pas le vrai Harper! C’est une caricature! Ça vous en bouche un coin, n’est-ce pas?
Et son gouvernement commettra sans doute des erreurs et prendra sans doute aussi de mauvaises décisions. C’est le cas de n’importe quel gouvernement, qu’il soit de droite ou de gauche.
Mais il n’y a aura pas de cataclysmes.
Sur le Bloc, maintenant, qui a été pratiquement rayé de la carte. D’abord, je ne veux pas tourner le fer dans la plaie, sachant très bien que la défaite en politique est pénible à encaisser (même si je ne l’ai pas connu personnellement), mais le Bloc n’aurait pas dû renverser le gouvernement. Il n’avait pas de vraies bonnes raisons pour le faire. Le budget? Qui peut me dire les dispositions du budget qui justifiaient un renversement? Je ne m’en souviens même plus!
Et surtout, une fois en élection, il aurait dû sentir la menace NPD et, plutôt que de perdre son temps à diaboliser Harper, il aurait dû diriger son artillerie contre le NPD, son équipe faible et sans racines dans beaucoup de comtés et son programme calamiteux sur le plan des dépenses publiques. Il ne l’a pas fait. Où trop tard. Sans doute hésitait-il aussi à attaquer et à frapper un parti de la famille de gauche. Grosse erreur de stratégie!
Jacques Brassard
mardi 3 mai 2011
MISSIVE À MES COMPATRIOTES
Chers compatriotes,
Je vous avoue que, devant la déferlante NPD, je suis partagé entre le fou rire et la honte.
Car il faut bien l’admettre, c’est d’une irrésistible hilarité que d’assister à l’élection d’une pareille cohorte d’ahuris, de dilettantes et de prête-noms.
Vous en avez fumé du bon, où quoi?
À quoi donc avez-vous pensé? Ne répondez pas! Je le sais : vous n’avez pensé à rien! Vous avez voulu faire un pied de nez à la classe politique. Vous distraire un peu. Vous payer une surprise-partie.
Vous vous ennuyez donc? Vous trouvez l’hiver trop long?
Jean-François Lisée, lui, a diagnostiqué chez vous un goût prononcé de l’évasion. Je veux bien le croire, cet éminent expert, mais la Floride, le Mexique et Cuba, ça ne fait plus l’affaire? Le Sud est devenu soudainement inintéressant en matière d’évasion?
Drôle d’évasion d’ailleurs que celle qui consiste à élire un contingent de plantes vertes et de potiches uniquement pour chasser l’ennui qui vous accable.
Permettez que je vous trouve foutrement désinvoltes et un tantinet irréfléchis.
Alors, je rigole un bon coup!
Mais j’ai honte aussi.
Parce que vous avez voté dans la plus totale ignorance, non seulement de l’identité et de la feuille de route d’une très large proportion des candidats du NPD, mais aussi de la nature et de la vision du parti du «Bon Jack». Ahurissant!
À chaque élection, j’en conviens, il y a toujours un certain nombre d’électeurs qui votent sans rien savoir. Ils jouent à pile où face. Ou ils se laissent guider par une fugace impression où une émotion subite. Mais autant que ça, c’est-à-dire des millions, je reconnais que ça me gêne…un tout petit peu.
Vous avez été frappés d’une soudaine amnésie, où quoi? Avez-vous oublié que le NPD est le parti le plus centralisateur de la scène politique canadienne? Qu’il s’est toujours contrefiché du partage des compétences? Qu’il fut le complice du Parti Libéral du Canada dans la mise au pas constitutionnelle du Québec?
Ça ne vous intéressait pas non plus de savoir qu’un gouvernement NPD aurait mis en branle un programme de dépenses astronomiques, sous prétexte de venir en aide aux démunis et aux familles, aggravant ainsi les déficits et la dette publique, et qu’il aurait alourdi votre fardeau fiscal. Détails anodins, pensez-vous?
Il est vrai que plusieurs parmi vous faites sans doute partie des 40% de Québécois qui ne paient aucun impôt.
Et vous tous qui trouvez que le prix de l’essence est scandaleusement élevé, dites-vous que vous l’avez échappé belle, parce qu’un gouvernement NPD vous aurait «clenchés» avec une très verdoyante taxe carbone!
Vous pouvez vous estimer chanceux de ne pas vous retrouver avec un gouvernement NPD. Vous avez joué avec le feu. Ça aurait pu ne pas être amusant du tout. Et remerciez le Canada anglais d’avoir élu un gouvernement conservateur majoritaire. Si les Canadiens anglais avaient déconné comme vous, nous serions tous aujourd’hui dans un foutu merdier.
Parce que, voyez-vous, ils le connaissent, eux, le NPD. Ils ont eu à le subir à la tête de plusieurs gouvernements provinciaux. En Ontario, ce fut une expérience traumatisante et très coûteuse. Ils n’avaient donc pas le goût de recommencer. Ils doivent aujourd’hui vous regarder comme de drôles de zigotos, des évaporés plutôt cocasses.
Jacques Brassard
Je vous avoue que, devant la déferlante NPD, je suis partagé entre le fou rire et la honte.
Car il faut bien l’admettre, c’est d’une irrésistible hilarité que d’assister à l’élection d’une pareille cohorte d’ahuris, de dilettantes et de prête-noms.
Vous en avez fumé du bon, où quoi?
À quoi donc avez-vous pensé? Ne répondez pas! Je le sais : vous n’avez pensé à rien! Vous avez voulu faire un pied de nez à la classe politique. Vous distraire un peu. Vous payer une surprise-partie.
Vous vous ennuyez donc? Vous trouvez l’hiver trop long?
Jean-François Lisée, lui, a diagnostiqué chez vous un goût prononcé de l’évasion. Je veux bien le croire, cet éminent expert, mais la Floride, le Mexique et Cuba, ça ne fait plus l’affaire? Le Sud est devenu soudainement inintéressant en matière d’évasion?
Drôle d’évasion d’ailleurs que celle qui consiste à élire un contingent de plantes vertes et de potiches uniquement pour chasser l’ennui qui vous accable.
Permettez que je vous trouve foutrement désinvoltes et un tantinet irréfléchis.
Alors, je rigole un bon coup!
Mais j’ai honte aussi.
Parce que vous avez voté dans la plus totale ignorance, non seulement de l’identité et de la feuille de route d’une très large proportion des candidats du NPD, mais aussi de la nature et de la vision du parti du «Bon Jack». Ahurissant!
À chaque élection, j’en conviens, il y a toujours un certain nombre d’électeurs qui votent sans rien savoir. Ils jouent à pile où face. Ou ils se laissent guider par une fugace impression où une émotion subite. Mais autant que ça, c’est-à-dire des millions, je reconnais que ça me gêne…un tout petit peu.
Vous avez été frappés d’une soudaine amnésie, où quoi? Avez-vous oublié que le NPD est le parti le plus centralisateur de la scène politique canadienne? Qu’il s’est toujours contrefiché du partage des compétences? Qu’il fut le complice du Parti Libéral du Canada dans la mise au pas constitutionnelle du Québec?
Ça ne vous intéressait pas non plus de savoir qu’un gouvernement NPD aurait mis en branle un programme de dépenses astronomiques, sous prétexte de venir en aide aux démunis et aux familles, aggravant ainsi les déficits et la dette publique, et qu’il aurait alourdi votre fardeau fiscal. Détails anodins, pensez-vous?
Il est vrai que plusieurs parmi vous faites sans doute partie des 40% de Québécois qui ne paient aucun impôt.
Et vous tous qui trouvez que le prix de l’essence est scandaleusement élevé, dites-vous que vous l’avez échappé belle, parce qu’un gouvernement NPD vous aurait «clenchés» avec une très verdoyante taxe carbone!
Vous pouvez vous estimer chanceux de ne pas vous retrouver avec un gouvernement NPD. Vous avez joué avec le feu. Ça aurait pu ne pas être amusant du tout. Et remerciez le Canada anglais d’avoir élu un gouvernement conservateur majoritaire. Si les Canadiens anglais avaient déconné comme vous, nous serions tous aujourd’hui dans un foutu merdier.
Parce que, voyez-vous, ils le connaissent, eux, le NPD. Ils ont eu à le subir à la tête de plusieurs gouvernements provinciaux. En Ontario, ce fut une expérience traumatisante et très coûteuse. Ils n’avaient donc pas le goût de recommencer. Ils doivent aujourd’hui vous regarder comme de drôles de zigotos, des évaporés plutôt cocasses.
Jacques Brassard
lundi 2 mai 2011
DES JOURS SOMBRES À VENIR
Mais où sont-il donc les hérauts visionnaires d'un Printemps Arabe aux couleurs de la liberté et de la démocratie? Eux qui s'exaltaient et qui s'enflammaient devant des «révolutions» grosses d'un monde nouveau fondé sur les droits humains fondamentaux, on ne les voit plus et on ne les entend plus! Peut-être ont-ils maintenant honte de s'être comportés comme des bonasses myopes?
Ceux qui, comme moi, considéraient que la liberté et la démocratie étaient incompatibles avec l'islam tel qu'il est, étaient stigmatisés comme des rabat-joie hargneux, incapables de humer les effluves bénéfiques du Printemps Arabe.
Quand on fait le tour du monde arabe, il faut bien constater qui ni en Tunisie, ni en Égypte, ni en Lybie, ni au Yémen, ni en Syrie, la démocratie n'a surgi du tumulte.
Partout la misère s'accentue et l'islamisme domine.
Vous trouverez ci-dessous un texte de Guy Millière publié le 1e mai sur le blogue DRZZ.
Guy Millilère (philosophe et économiste) est un des rares intellectuels français proche des néo-conservateurs américains. Le regard lucide qu'il porte sur la présidence Obama, le déclin de l'Europe et les dégâts de l'islamisme m'est d'une grande utilité depuis des années. Les textes, conférences et livres de ce brillant conaisseur de l'Amérique et de ce défenseur acharné d'Israël me sont d'un grand secours pour y voir plus clair dans la réalité toujours compliquée et parfois si déconcertrante de notre époque.
Quant à DRZZ, c'est l'un meilleurs blogues français que je connaisse. Si vous êtes dégoûtés de la Pensée Unique et de la bien-pensance qui écrasent l'univers médiatique traditionnel (ici comme ailleurs), alors, allez faire un tour chez DRZZ.
Dimanche 1 mai 2011 7 01 /05 /Mai /2011 16:58
Monde arabe : le bruit et la fureur ne font que commencer - par Guy Millière
La situation en Egypte ne fait plus les gros titres des journaux. Bashar El Assad continue à massacrer des Syriens par centaines, avec l’aide de gens du Hezbollah, sans grandes conséquences internationales. La guerre civile continue en Libye, avec contributions de la France, du Royaume-Uni, et, de loin, des Etats-Unis. Un changement de régime s’opère dans le tumulte au Yemen. L’Autorité Palestinienne et le Hamas se rapprochent et glissent ensemble vers des positions qui sont celles du Hamas.
J’ai noté, déjà, que l’avantage, partout, allait aux tenants de l’islam radical, que le pays dominant derrière tout cela apparaissait être l’Iran. Un autre pays a de nettes prétentions à domination : la Turquie. Ces deux pays ne sont pas des pays arabes. Ce sont des pays plus développés économiquement que les pays du monde arabe. Si l’Iran et la Turquie sont les pays les plus dangereux dans l’immédiat, il ne faut pas, pour autant se désintéresser de ce qui se passe dans le monde arabe lui-même en son ensemble. Une Turquie échappant à l’emprise islamiste pourrait renouer avec la modernité. Il en va de même pour l’Iran.
La situation globale dans laquelle se trouve le monde arabe est plus complexe. Pour l’essentiel, le monde arabe reste extérieur à la modernité.
Le monde arabe est une zone du monde qui est enlisée depuis des siècles dans une inertie et une décrépitude qui se poursuivent et atteignent en ce moment leur point de rupture.
L’islam est né en terre arabe, mais est passé sous la coupe de musulmans non arabes dès 1055, lorsque le califat Abbasside est pris en main par les Turcs Seldjoukides, auxquels succéderont, un siècle et demi plus tard, les Ottomans. Jusqu’au vingtième siècle, les peuples arabes ne seront plus maîtres de leur destin. On y cultivera la nostalgie d’un âge d’or révolu à faire renaître, un sentiment d’humiliation et de frustration qui s’accentuera encore lorsque les Ottomans seront remplacés par des colonisateurs européens. C’est dans le monde arabe que naîtra l’intégrisme, avec l’enseignement de Muhammad ibn Abd al-Wahhab au dix-huitième siècle. Les autres formes d’intégrisme musulman viendront plus tard.
Lorsque l’empire ottoman sera démantelé, des pays arabes naîtront, dans des frontières découpées par les puissances européennes. Lorsque la décolonisation s’opèrera, trente à quarante années plus tard, les anciennes colonies deviendront des pays, dans les frontières dessinées par les anciens colonisateurs. Les seuls régimes politiques à avoir pris forme en ces deux phases furent des monarchies et des dictatures.
Les monarchies ont été, ou sont presque toutes, relativement artificielles. La dynastie au pouvoir en Jordanie était celle au pouvoir en Arabie avant que l’Arabie soit cédée au clan Saoud : la population de Jordanie est à quatre-vingt pour cent arabe palestinienne. Le roi Farouk Premier, en Egypte, renversé en 1952, était en réalité le descendant d’une lignée de wali, dirigeants de province ottomane, née avec Méhémet Ali. La dynastie la plus solide est celle existant au Maroc où le roi vient d’une lignée de sultans en place depuis trois siècles. Les rois arabes tirent leur prétention à légitimité du fait qu’ils sont censés descendre de Mahomet.
Les dictatures sont toutes issues d’une forme ou une autre du nationalisme arabe, né dans les années 1920-1930, qui fut et reste très imprégné des doctrines fascistes et national socialistes.
Un fonctionnement démocratique n’a existé dans le monde arabe que de façon très brève, ici ou là, et de façon très limitée : la seule exception ayant été le Liban, qui a été une exception surtout parce que la population y était majoritairement chrétienne, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui.
Les dictatures arabes et le nationalisme arabe ayant échoué, toutes les dictatures arabes sont menacées par le virus intégriste.
Les monarchies elles-mêmes sont en position chancelante et menacées par le même virus.
L’idée même de démocratie est une idée essentiellement étrangère à la culture arabe, jusqu’à ce jour. L’idée que le peuple peut disposer de la liberté de choisir est une idée qui reste essentiellement absente, comme dans l’ensemble du monde musulman, mais plus encore qu’ailleurs dans le monde musulman, en raison de l’idée d’ "âge d’or" à retrouver, de la nostalgie et de la frustration.
L’idée que le pouvoir vient d’Allah est toujours omniprésente.
Elle se trouve ébranlée, dans les monarchies, par la fréquente artificialité de celles-ci. Le monarque doit s’appuyer, en général, sur un clan, et s’il ne parvient plus à rétribuer celui-ci, des fissures et des dissensions apparaissent, et le virus peut se propager.
Dans les dictatures, l’idée subsiste, mais voit se superposer à elle la résignation au pouvoir d’un homme fort et brutal. Tout en se réclamant d’un nationalisme arabe, cet homme fort et brutal s’appuie lui-même sur un clan, ou sur des tribus ralliées à lui. S’il n’arrive plus à rétribuer efficacement le clan et les tribus ralliées, la contestation peu surgir, et le virus se propager là aussi.
L’alternative aux monarchies et aux dictatures est l’anarchie, l’émeute, l’islamisme, l’idée de djihad et, parfois, la concrétisation de celle-ci. Pas la démocratie libérale.
Ni les monarchies ni les dictatures n’étant à même d’impulser le moindre dynamisme, ni les unes ni les autres n’étant compatibles avec un plein exercice de la liberté de parole et de la liberté d’entreprendre sans lesquelles le développement est impossible, on peut raisonnablement penser que le pire est à venir.
Les pays du monde arabe qui sont riches le sont en raison du fait qu’on y produit des matières premières. Ils sont pauvres lorsqu’on n’y produit pas de matières premières.
Aucun pays arabe ne dispose d’industries de transformation, ou seulement de manière embryonnaire.
La possibilité de vivre de la rente fournie par les matières premières, là où elles existent, s’épuise et, en raison de la démographie, se trouve face à une situation où les sommes à redistribuer se font, par tête d’habitant, moins importantes.
Là où les matières premières n’existent pas, la pauvreté s’accroît jusqu’à l’intolérable.
La substitution d’une perfusion financière occidentale devient de plus en plus difficile à envisager et la perfusion ne peut remplacer le manque d’industries.
Les émeutes qui ont eu lieu et ont encore lieu n’ont pas été et ne sont pas des révolutions. Elles peuvent déboucher sur des coups d’Etat, sur le maintien du pouvoir en place, au prix du sang. Des élections peuvent être organisées ici ou là : elles déboucheront sur un pouvoir plus islamique ou plus nationaliste radical, mais sur rien d’autre.
Le fondement du mécontentement, l’étincelle qui partout a mis le feu au poudre, n’a pas été un soudain désir de liberté, comme on l’a dit parfois, mais la hausse des prix de l’alimentation, la faim, le désespoir, la frustration.
Sans développement économique, les mêmes causes reproduiront tôt ou tard les mêmes effets. Or les possibilités de développement économique sont quasiment nulles.
Le point de rupture est atteint, disais-je. Le bruit et la fureur ne font très vraisemblablement que commencer.
Ce qui s’opère est la phase finale d’un effondrement du monde arabe. Cette phase finale pourra durer des décennies.
Pendant ces décennies, le monde occidental devra être vigilant et lucide : les chances d’une démocratisation conduisant à la liberté de parole et d’entreprise sont absentes. Les réactions de rage sont plus vraisemblables. La volonté de trouver des boucs émissaires restera forte : ceux-ci pourront être le détenteur du pouvoir en place, de nouveau Israël, l’Amérique, l’Occident.
Les incitations et la dissuasion seront les meilleurs leviers disponibles pour Israël, l’Europe, l’Amérique. Inciter à des attitudes amicales, et, en ce cas, récompenser et assister. Dissuader fermement toute attitude hostile. Renverser un régime très hostile et très dangereux.
En ce cadre, le changement de régime en Irak faisait sens. L’action menée contre Kadhafi en Libye est, elle, insensée.
Une action en Syrie ferait davantage sens que l’action en Libye, mais serait très risquée, et pourrait embraser toute la région, sauf si elle était rapide et très ciblée.
La création d’un deuxième Etat palestinien, venant s’ajouter au royaume palestinien de Jordanie, serait bien davantage qu’insensée, et ne pourrait faire sens que pour qui veut détruire Israël.
Dans le cadre que j’ai dessiné, l’attitude de l’Europe en général est absurde, dangereuse, voire suicidaire. L’Europe ne pratique pas les incitations à l’amitié. Elle ne dissuade pas les attitudes hostiles. Elle n’a ni les moyens ni la volonté de renverser des régimes hostiles et dangereux. Elle apaise servilement ses ennemis, démontre son impuissance en général, n’agit que là où elle a l’approbation du monde islamique, et se révèle prête à sacrifier ses amis.
L’attitude des Etats-Unis était davantage porteuse de lucidité jusqu’à une période récente : il y avait eu, certes, les calamiteuses années Carter. Aujourd’hui, nous sommes dans les années Obama. Une présidence des Etats-Unis désastreuse coïncide avec la phase finale de l’effondrement du monde arabe. Jamais la situation n’a été plus lourde de périls majeurs.
Israël, dois-je le dire, ne peut et ne doit, en ce contexte, strictement rien céder.
Guy Millière
Reproduction autorisée avec la mention Drzz.fr
Ceux qui, comme moi, considéraient que la liberté et la démocratie étaient incompatibles avec l'islam tel qu'il est, étaient stigmatisés comme des rabat-joie hargneux, incapables de humer les effluves bénéfiques du Printemps Arabe.
Quand on fait le tour du monde arabe, il faut bien constater qui ni en Tunisie, ni en Égypte, ni en Lybie, ni au Yémen, ni en Syrie, la démocratie n'a surgi du tumulte.
Partout la misère s'accentue et l'islamisme domine.
Vous trouverez ci-dessous un texte de Guy Millière publié le 1e mai sur le blogue DRZZ.
Guy Millilère (philosophe et économiste) est un des rares intellectuels français proche des néo-conservateurs américains. Le regard lucide qu'il porte sur la présidence Obama, le déclin de l'Europe et les dégâts de l'islamisme m'est d'une grande utilité depuis des années. Les textes, conférences et livres de ce brillant conaisseur de l'Amérique et de ce défenseur acharné d'Israël me sont d'un grand secours pour y voir plus clair dans la réalité toujours compliquée et parfois si déconcertrante de notre époque.
Quant à DRZZ, c'est l'un meilleurs blogues français que je connaisse. Si vous êtes dégoûtés de la Pensée Unique et de la bien-pensance qui écrasent l'univers médiatique traditionnel (ici comme ailleurs), alors, allez faire un tour chez DRZZ.
Dimanche 1 mai 2011 7 01 /05 /Mai /2011 16:58
Monde arabe : le bruit et la fureur ne font que commencer - par Guy Millière
La situation en Egypte ne fait plus les gros titres des journaux. Bashar El Assad continue à massacrer des Syriens par centaines, avec l’aide de gens du Hezbollah, sans grandes conséquences internationales. La guerre civile continue en Libye, avec contributions de la France, du Royaume-Uni, et, de loin, des Etats-Unis. Un changement de régime s’opère dans le tumulte au Yemen. L’Autorité Palestinienne et le Hamas se rapprochent et glissent ensemble vers des positions qui sont celles du Hamas.
J’ai noté, déjà, que l’avantage, partout, allait aux tenants de l’islam radical, que le pays dominant derrière tout cela apparaissait être l’Iran. Un autre pays a de nettes prétentions à domination : la Turquie. Ces deux pays ne sont pas des pays arabes. Ce sont des pays plus développés économiquement que les pays du monde arabe. Si l’Iran et la Turquie sont les pays les plus dangereux dans l’immédiat, il ne faut pas, pour autant se désintéresser de ce qui se passe dans le monde arabe lui-même en son ensemble. Une Turquie échappant à l’emprise islamiste pourrait renouer avec la modernité. Il en va de même pour l’Iran.
La situation globale dans laquelle se trouve le monde arabe est plus complexe. Pour l’essentiel, le monde arabe reste extérieur à la modernité.
Le monde arabe est une zone du monde qui est enlisée depuis des siècles dans une inertie et une décrépitude qui se poursuivent et atteignent en ce moment leur point de rupture.
L’islam est né en terre arabe, mais est passé sous la coupe de musulmans non arabes dès 1055, lorsque le califat Abbasside est pris en main par les Turcs Seldjoukides, auxquels succéderont, un siècle et demi plus tard, les Ottomans. Jusqu’au vingtième siècle, les peuples arabes ne seront plus maîtres de leur destin. On y cultivera la nostalgie d’un âge d’or révolu à faire renaître, un sentiment d’humiliation et de frustration qui s’accentuera encore lorsque les Ottomans seront remplacés par des colonisateurs européens. C’est dans le monde arabe que naîtra l’intégrisme, avec l’enseignement de Muhammad ibn Abd al-Wahhab au dix-huitième siècle. Les autres formes d’intégrisme musulman viendront plus tard.
Lorsque l’empire ottoman sera démantelé, des pays arabes naîtront, dans des frontières découpées par les puissances européennes. Lorsque la décolonisation s’opèrera, trente à quarante années plus tard, les anciennes colonies deviendront des pays, dans les frontières dessinées par les anciens colonisateurs. Les seuls régimes politiques à avoir pris forme en ces deux phases furent des monarchies et des dictatures.
Les monarchies ont été, ou sont presque toutes, relativement artificielles. La dynastie au pouvoir en Jordanie était celle au pouvoir en Arabie avant que l’Arabie soit cédée au clan Saoud : la population de Jordanie est à quatre-vingt pour cent arabe palestinienne. Le roi Farouk Premier, en Egypte, renversé en 1952, était en réalité le descendant d’une lignée de wali, dirigeants de province ottomane, née avec Méhémet Ali. La dynastie la plus solide est celle existant au Maroc où le roi vient d’une lignée de sultans en place depuis trois siècles. Les rois arabes tirent leur prétention à légitimité du fait qu’ils sont censés descendre de Mahomet.
Les dictatures sont toutes issues d’une forme ou une autre du nationalisme arabe, né dans les années 1920-1930, qui fut et reste très imprégné des doctrines fascistes et national socialistes.
Un fonctionnement démocratique n’a existé dans le monde arabe que de façon très brève, ici ou là, et de façon très limitée : la seule exception ayant été le Liban, qui a été une exception surtout parce que la population y était majoritairement chrétienne, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui.
Les dictatures arabes et le nationalisme arabe ayant échoué, toutes les dictatures arabes sont menacées par le virus intégriste.
Les monarchies elles-mêmes sont en position chancelante et menacées par le même virus.
L’idée même de démocratie est une idée essentiellement étrangère à la culture arabe, jusqu’à ce jour. L’idée que le peuple peut disposer de la liberté de choisir est une idée qui reste essentiellement absente, comme dans l’ensemble du monde musulman, mais plus encore qu’ailleurs dans le monde musulman, en raison de l’idée d’ "âge d’or" à retrouver, de la nostalgie et de la frustration.
L’idée que le pouvoir vient d’Allah est toujours omniprésente.
Elle se trouve ébranlée, dans les monarchies, par la fréquente artificialité de celles-ci. Le monarque doit s’appuyer, en général, sur un clan, et s’il ne parvient plus à rétribuer celui-ci, des fissures et des dissensions apparaissent, et le virus peut se propager.
Dans les dictatures, l’idée subsiste, mais voit se superposer à elle la résignation au pouvoir d’un homme fort et brutal. Tout en se réclamant d’un nationalisme arabe, cet homme fort et brutal s’appuie lui-même sur un clan, ou sur des tribus ralliées à lui. S’il n’arrive plus à rétribuer efficacement le clan et les tribus ralliées, la contestation peu surgir, et le virus se propager là aussi.
L’alternative aux monarchies et aux dictatures est l’anarchie, l’émeute, l’islamisme, l’idée de djihad et, parfois, la concrétisation de celle-ci. Pas la démocratie libérale.
Ni les monarchies ni les dictatures n’étant à même d’impulser le moindre dynamisme, ni les unes ni les autres n’étant compatibles avec un plein exercice de la liberté de parole et de la liberté d’entreprendre sans lesquelles le développement est impossible, on peut raisonnablement penser que le pire est à venir.
Les pays du monde arabe qui sont riches le sont en raison du fait qu’on y produit des matières premières. Ils sont pauvres lorsqu’on n’y produit pas de matières premières.
Aucun pays arabe ne dispose d’industries de transformation, ou seulement de manière embryonnaire.
La possibilité de vivre de la rente fournie par les matières premières, là où elles existent, s’épuise et, en raison de la démographie, se trouve face à une situation où les sommes à redistribuer se font, par tête d’habitant, moins importantes.
Là où les matières premières n’existent pas, la pauvreté s’accroît jusqu’à l’intolérable.
La substitution d’une perfusion financière occidentale devient de plus en plus difficile à envisager et la perfusion ne peut remplacer le manque d’industries.
Les émeutes qui ont eu lieu et ont encore lieu n’ont pas été et ne sont pas des révolutions. Elles peuvent déboucher sur des coups d’Etat, sur le maintien du pouvoir en place, au prix du sang. Des élections peuvent être organisées ici ou là : elles déboucheront sur un pouvoir plus islamique ou plus nationaliste radical, mais sur rien d’autre.
Le fondement du mécontentement, l’étincelle qui partout a mis le feu au poudre, n’a pas été un soudain désir de liberté, comme on l’a dit parfois, mais la hausse des prix de l’alimentation, la faim, le désespoir, la frustration.
Sans développement économique, les mêmes causes reproduiront tôt ou tard les mêmes effets. Or les possibilités de développement économique sont quasiment nulles.
Le point de rupture est atteint, disais-je. Le bruit et la fureur ne font très vraisemblablement que commencer.
Ce qui s’opère est la phase finale d’un effondrement du monde arabe. Cette phase finale pourra durer des décennies.
Pendant ces décennies, le monde occidental devra être vigilant et lucide : les chances d’une démocratisation conduisant à la liberté de parole et d’entreprise sont absentes. Les réactions de rage sont plus vraisemblables. La volonté de trouver des boucs émissaires restera forte : ceux-ci pourront être le détenteur du pouvoir en place, de nouveau Israël, l’Amérique, l’Occident.
Les incitations et la dissuasion seront les meilleurs leviers disponibles pour Israël, l’Europe, l’Amérique. Inciter à des attitudes amicales, et, en ce cas, récompenser et assister. Dissuader fermement toute attitude hostile. Renverser un régime très hostile et très dangereux.
En ce cadre, le changement de régime en Irak faisait sens. L’action menée contre Kadhafi en Libye est, elle, insensée.
Une action en Syrie ferait davantage sens que l’action en Libye, mais serait très risquée, et pourrait embraser toute la région, sauf si elle était rapide et très ciblée.
La création d’un deuxième Etat palestinien, venant s’ajouter au royaume palestinien de Jordanie, serait bien davantage qu’insensée, et ne pourrait faire sens que pour qui veut détruire Israël.
Dans le cadre que j’ai dessiné, l’attitude de l’Europe en général est absurde, dangereuse, voire suicidaire. L’Europe ne pratique pas les incitations à l’amitié. Elle ne dissuade pas les attitudes hostiles. Elle n’a ni les moyens ni la volonté de renverser des régimes hostiles et dangereux. Elle apaise servilement ses ennemis, démontre son impuissance en général, n’agit que là où elle a l’approbation du monde islamique, et se révèle prête à sacrifier ses amis.
L’attitude des Etats-Unis était davantage porteuse de lucidité jusqu’à une période récente : il y avait eu, certes, les calamiteuses années Carter. Aujourd’hui, nous sommes dans les années Obama. Une présidence des Etats-Unis désastreuse coïncide avec la phase finale de l’effondrement du monde arabe. Jamais la situation n’a été plus lourde de périls majeurs.
Israël, dois-je le dire, ne peut et ne doit, en ce contexte, strictement rien céder.
Guy Millière
Reproduction autorisée avec la mention Drzz.fr
mardi 26 avril 2011
MÉLI-MÉLO
La soudaine montée dans les sondages du NPD en laisse plusieurs (surtout les experts patentés) pantois.
Pourtant, quand on y regarde de plus près, on se rend compte que c’est un phénomène qui n’a rien d’un mystère.
Il s’explique d’abord par le fait que le discours du Bloc sur la défense des intérêts du Québec – discours qui, au fil des ans, a pris la forme d’une ritournelle rabâchée en boucle – a beaucoup perdu de son efficience chez les électeurs.
À partir du moment où la souveraineté n’est pas, dans un avenir prévisible, un enjeu politique (je veux dire qu’il n’y a pas de référendum à l’horizon), les «intérêts du Québec» et les «valeurs québécoises», tels que définis par le Bloc ne constituent pas l’unique façon de voir les choses. C’est une vision de la société et de l’économie qui ne fait pas l’unanimité.
De plus en plus, une large proportion de la population québécoise n’adhère pas aux belles certitudes et au système de valeurs du Bloc en matière d’intérêts collectifs.
En fait, depuis l’arrivée de Duceppe à la tête du parti, celui-ci s’est ancré résolument à gauche. Il est devenu écolo pur et dur (son porte-parole, B. Bigras, est un hystérique carbonique); socialo-étatique à tous crins; dépensier sans mesure; racoleur des brigades islamistes; pacifiste irresponsable; copain-copain avec les corporatismes syndicaux. Ce n’est pas uniquement la montréalisation du parti (une lacune identifiée dans un rapport interne) qui explique la désaffection d’une partie de l’électorat à l’égard du Bloc, mais c’est également son ancrage sans vergogne à gauche.
(Petite parenthèse : le PQ, lui aussi, a pris la même direction. Il n’a pas réussi à se «recentrer», comme nous l’annonçait Pauline Marois. Il s’est lui aussi fortement incrusté à gauche de l’échiquier politique.)
Devant une pareille dérive de la mouvance souverainiste, quel est le sentiment, pensez-vous, de ceux qui, comme moi, se situent au centre et à droite du spectre politique? Ils se sentent orphelins! C’est cette partie de l’électorat que Jacques Parizeau et les ténors du PQ (tel Bernard Drainville) cherchent à ramener au bercail. Pas sûr que cette fois-ci, ça réussisse!
Et c’est dans ce contexte que se place la remontée du NPD dans l’opinion.
Dans les rencontres familiales de Pâques, ce fut évidemment un des sujets de conversation (l’autre étant la série Canadiens-Bruins).
J’ai pu alors constater la confusion la plus totale régnant dans les esprits.
Certains de mes interlocuteurs envisageaient de voter NPD! Ah! Oui! Et pourquoi? Leur demandais-je. La réponse était généralement rudimentaire, pour ne pas dire superficielle : Jack Layton est un homme sympathique et convivial! Ah! Bon! Mais encore! Savez-vous, leur disais-je, que le NPD est le parti le plus centralisateur de l’univers politique canadien? Et que c’est un parti résolument socialiste? Réponse : « Euh! »
Ma réplique finale était : si votre choix, c’est de voter à gauche, continuez donc de voter Bloc! Moi, je ne veux plus voter à gauche! Alors, je ne vote plus Bloc (pour la première fois)! Et, forcément, je ne voterai certainement pas NPD! Un peu de cohérence, que diable!
Mais dans mes conversations pascales, j’ai pu constater combien la campagne de diabolisation de Stephen Harper, fort bien relayée par les médias et la faune journalistique, avait eu de l’effet sur les esprits.
Le jugement péremptoire que j’ai le plus entendu est le suivant : « Harper n’est pas démocrate! Il est dangereux! » Tiens! Tiens! Pas démocrate, hein? Et en quoi, leur répliquais-je, n’est-il pas démocrate? Après le renversement de son gouvernement, il n’a pas pourtant pas fait de coup d’état! Et s’il n’est pas réélu, croyez-vous qu’il a des troupes en réserve pour s’emparer du Pouvoir et instaurer une dictature? N’ayant que des borborygmes comme réponse, je sentais que, dans leur tête, l’image de Harper en tyran s’effilochait !
Vraiment, cette défroque de despote fasciste que ses adversaires (et surtout le Bloc) lui ont mise sur le dos, c’est le dispositif de propagande le plus dégueulasse que j’ai vu dans une campagne électorale au Canada.
Et c’est sans doute grâce à cette obscénité, faisant de M. Harper un repoussoir dégoûtant, que le Bloc va réussir à conserver une bonne cohorte de députés.
Jacques Brassard
Pourtant, quand on y regarde de plus près, on se rend compte que c’est un phénomène qui n’a rien d’un mystère.
Il s’explique d’abord par le fait que le discours du Bloc sur la défense des intérêts du Québec – discours qui, au fil des ans, a pris la forme d’une ritournelle rabâchée en boucle – a beaucoup perdu de son efficience chez les électeurs.
À partir du moment où la souveraineté n’est pas, dans un avenir prévisible, un enjeu politique (je veux dire qu’il n’y a pas de référendum à l’horizon), les «intérêts du Québec» et les «valeurs québécoises», tels que définis par le Bloc ne constituent pas l’unique façon de voir les choses. C’est une vision de la société et de l’économie qui ne fait pas l’unanimité.
De plus en plus, une large proportion de la population québécoise n’adhère pas aux belles certitudes et au système de valeurs du Bloc en matière d’intérêts collectifs.
En fait, depuis l’arrivée de Duceppe à la tête du parti, celui-ci s’est ancré résolument à gauche. Il est devenu écolo pur et dur (son porte-parole, B. Bigras, est un hystérique carbonique); socialo-étatique à tous crins; dépensier sans mesure; racoleur des brigades islamistes; pacifiste irresponsable; copain-copain avec les corporatismes syndicaux. Ce n’est pas uniquement la montréalisation du parti (une lacune identifiée dans un rapport interne) qui explique la désaffection d’une partie de l’électorat à l’égard du Bloc, mais c’est également son ancrage sans vergogne à gauche.
(Petite parenthèse : le PQ, lui aussi, a pris la même direction. Il n’a pas réussi à se «recentrer», comme nous l’annonçait Pauline Marois. Il s’est lui aussi fortement incrusté à gauche de l’échiquier politique.)
Devant une pareille dérive de la mouvance souverainiste, quel est le sentiment, pensez-vous, de ceux qui, comme moi, se situent au centre et à droite du spectre politique? Ils se sentent orphelins! C’est cette partie de l’électorat que Jacques Parizeau et les ténors du PQ (tel Bernard Drainville) cherchent à ramener au bercail. Pas sûr que cette fois-ci, ça réussisse!
Et c’est dans ce contexte que se place la remontée du NPD dans l’opinion.
Dans les rencontres familiales de Pâques, ce fut évidemment un des sujets de conversation (l’autre étant la série Canadiens-Bruins).
J’ai pu alors constater la confusion la plus totale régnant dans les esprits.
Certains de mes interlocuteurs envisageaient de voter NPD! Ah! Oui! Et pourquoi? Leur demandais-je. La réponse était généralement rudimentaire, pour ne pas dire superficielle : Jack Layton est un homme sympathique et convivial! Ah! Bon! Mais encore! Savez-vous, leur disais-je, que le NPD est le parti le plus centralisateur de l’univers politique canadien? Et que c’est un parti résolument socialiste? Réponse : « Euh! »
Ma réplique finale était : si votre choix, c’est de voter à gauche, continuez donc de voter Bloc! Moi, je ne veux plus voter à gauche! Alors, je ne vote plus Bloc (pour la première fois)! Et, forcément, je ne voterai certainement pas NPD! Un peu de cohérence, que diable!
Mais dans mes conversations pascales, j’ai pu constater combien la campagne de diabolisation de Stephen Harper, fort bien relayée par les médias et la faune journalistique, avait eu de l’effet sur les esprits.
Le jugement péremptoire que j’ai le plus entendu est le suivant : « Harper n’est pas démocrate! Il est dangereux! » Tiens! Tiens! Pas démocrate, hein? Et en quoi, leur répliquais-je, n’est-il pas démocrate? Après le renversement de son gouvernement, il n’a pas pourtant pas fait de coup d’état! Et s’il n’est pas réélu, croyez-vous qu’il a des troupes en réserve pour s’emparer du Pouvoir et instaurer une dictature? N’ayant que des borborygmes comme réponse, je sentais que, dans leur tête, l’image de Harper en tyran s’effilochait !
Vraiment, cette défroque de despote fasciste que ses adversaires (et surtout le Bloc) lui ont mise sur le dos, c’est le dispositif de propagande le plus dégueulasse que j’ai vu dans une campagne électorale au Canada.
Et c’est sans doute grâce à cette obscénité, faisant de M. Harper un repoussoir dégoûtant, que le Bloc va réussir à conserver une bonne cohorte de députés.
Jacques Brassard
lundi 18 avril 2011
REMARQUES SUR LA CAMPAGNE ÉLECTORALE FÉDÉRALE
Il faut bien que je fasse un effort pour à tout le moins faire semblant de m’intéresser à la campagne électorale fédérale. Après tout, ne suis-je pas un citoyen…canadien?
Passons vite sur les débats. Pour la simple raison que je les ai à peine regardés. J’arrivais du Sud et je ne parvenais pas à trouver le courage requis pour me taper ce qui m’apparaissait comme une pénible corvée.
J’ai pu remarquer cependant (comme bien des commentateurs) que pour ce qui est du débat en français, Gilles Duceppe avait été nettement favorisé. Pas parce que les trois autres chefs de partis maîtrisaient moins bien le français. Mais tout simplement parce que les questions choisies constituaient presque toutes, par le plus curieux des hasards, pour employer une image de l’animateur radio Sylvain Bouchard, de belles « passes sur la palette » permettant aisément à Duceppe de toucher le fond du filet. Comme les deux passes de Gomez à Gionta lors du premier match Canadiens-Bruins.
Gilles Duceppe a donc pu poursuivre son entreprise de diabolisation de Stephen Harper. Une opération amorcée dès l’arrivée de Harper sur la scène politique fédérale.
Stephen Harper, s’il faut en croire le chef du Bloc, est un danger public, un crypto-fasciste anti-démocratique, un destructeur de la Planète, un militariste belliqueux, un ami d’Israël, un allié servile des États-Unis, une gestionnaire avaricieux, bref Belzébuth en personne!
Personnellement, ce genre de tactique me répugne. Mais ça permet toutefois de faire ressortir la nature véritable du Bloc québécois, un parti qui adhère aux valeurs de la gauche écolo-étatiste. Lorsque j’étais chroniqueur au Quotidien, j’avais osé écrire que le Bloc, au fond, était un clone du NPD. Ce qui m’avait valu de sévères remontrances de la part des leaders du Bloc!
Je pense toujours que j’avais raison. Il est vrai que le Bloc articule son discours sur les « valeurs québécoises ». Mais lorsqu’on s’efforce de bien identifier ces valeurs dites québécoises, on se doit de constater que ce sont en réalité les valeurs de la gauche, toutes qualifiées bien sûr de « progressistes ».
Mathieu Bock-Côté, dans un texte publié dans la Presse, prend soin d’ailleurs de les énumérer : « valorisation de la Charte des droits et sacralisation des valeurs progressistes comme l’intercultularisme, le féminisme, la social-démocratie, l’approche préventive en matière de criminalité, le pacifisme, et, dans certains cas, l’altermondialisme ». J’y ajouterais l’écologisme réchauffiste.
Et Mathieu Bock-Côté de spécifier que « ces valeurs étaient moins celles du Québec que celles des élites technocratiques, syndicales, communautaires et intellectuelles qui forment la base militante du modèle québécois ».
Et, comme il y a deux ans, je ne parviens toujours pas à m’identifier pleinement à ces valeurs promues et défendues par le Bloc. Il est évident -- les billets de mon blogue en témoignent – que je ne me situe pas à gauche de l’échiquier politique. Dans ces conditions, comment puis-je être enclin à voter pour le parti de Gilles Duceppe? Ce n’est certainement pas l’appui des centrales syndicales qui va m’y inciter. En fait, la seule raison qui m’a amené à voter Bloc auparavant, c’est le fait qu’il était souverainiste.
Enfin, j’ai été, moi aussi, à la fois choqué et traumatisé, par l’appui formel accordé en 2008 par le Bloc à une coalition dirigée par Stéphane Dion et comprenant également le NPD (le parti socialiste du Canada).
« Ce qu’a fait ressortir cette entente historique, explique l’historien Éric Bédard, c’est le socle intellectuel que partagent trudeauistes et bloquistes : même discours moralisateur sur les affaires du monde; même inter/multiculturalisme négateur de l’histoire; même foi aveugle dans un État omniscient et dépensier. »
Le Bloc regrette-t-il cette alliance contre-nature? Pas du tout! « Le Bloc, nous apprend une résolution adoptée au dernier Congrès, se réserve la possibilité de soutenir une coalition de partis politiques ».
Et à voir Gilles Duceppe cogner à bras raccourcis sur Stephen Harper et son parti, on peut d’ores et déjà conclure que l’éventuelle coalition n’inclura certes pas le parti Conservateur! Elle comprendra donc les mêmes formations qu’en 2008. Pétrifiant!
Comme Éric Bédard, j’ai toujours voté Bloc. Les dernières fois, cependant, …à reculons!
Cette fois-ci, que vais-je faire?
Il y a trois options.
Soit, je vote encore Bloc, mais à contrecoeur, car je suis en désaccord avec plusieurs de ses positions de gauche (étatisme gaspilleur, écologisme débridé, pacifisme angélique, défense butée et irrationnelle du registre des armes à feu, copinage tiers-mondiste avec des organisations islamistes) et je n’adhère pas à sa stratégie de coalition;
Soit, j’annule mon vote;
Et soit je vote Conservateur, étant d’accord avec plusieurs des positions et politiques du Gouvernement Harper (sur les changements climatiques, les relations avec nos voisins américains, l’ONU, Israël, l’exploitation des ressources naturelles et la gestion des finances publiques).
Et je ne vous révèle pas quel sera mon choix. Après tout, le vote, c’est secret!! Devinez!
Jacques Brassard
Passons vite sur les débats. Pour la simple raison que je les ai à peine regardés. J’arrivais du Sud et je ne parvenais pas à trouver le courage requis pour me taper ce qui m’apparaissait comme une pénible corvée.
J’ai pu remarquer cependant (comme bien des commentateurs) que pour ce qui est du débat en français, Gilles Duceppe avait été nettement favorisé. Pas parce que les trois autres chefs de partis maîtrisaient moins bien le français. Mais tout simplement parce que les questions choisies constituaient presque toutes, par le plus curieux des hasards, pour employer une image de l’animateur radio Sylvain Bouchard, de belles « passes sur la palette » permettant aisément à Duceppe de toucher le fond du filet. Comme les deux passes de Gomez à Gionta lors du premier match Canadiens-Bruins.
Gilles Duceppe a donc pu poursuivre son entreprise de diabolisation de Stephen Harper. Une opération amorcée dès l’arrivée de Harper sur la scène politique fédérale.
Stephen Harper, s’il faut en croire le chef du Bloc, est un danger public, un crypto-fasciste anti-démocratique, un destructeur de la Planète, un militariste belliqueux, un ami d’Israël, un allié servile des États-Unis, une gestionnaire avaricieux, bref Belzébuth en personne!
Personnellement, ce genre de tactique me répugne. Mais ça permet toutefois de faire ressortir la nature véritable du Bloc québécois, un parti qui adhère aux valeurs de la gauche écolo-étatiste. Lorsque j’étais chroniqueur au Quotidien, j’avais osé écrire que le Bloc, au fond, était un clone du NPD. Ce qui m’avait valu de sévères remontrances de la part des leaders du Bloc!
Je pense toujours que j’avais raison. Il est vrai que le Bloc articule son discours sur les « valeurs québécoises ». Mais lorsqu’on s’efforce de bien identifier ces valeurs dites québécoises, on se doit de constater que ce sont en réalité les valeurs de la gauche, toutes qualifiées bien sûr de « progressistes ».
Mathieu Bock-Côté, dans un texte publié dans la Presse, prend soin d’ailleurs de les énumérer : « valorisation de la Charte des droits et sacralisation des valeurs progressistes comme l’intercultularisme, le féminisme, la social-démocratie, l’approche préventive en matière de criminalité, le pacifisme, et, dans certains cas, l’altermondialisme ». J’y ajouterais l’écologisme réchauffiste.
Et Mathieu Bock-Côté de spécifier que « ces valeurs étaient moins celles du Québec que celles des élites technocratiques, syndicales, communautaires et intellectuelles qui forment la base militante du modèle québécois ».
Et, comme il y a deux ans, je ne parviens toujours pas à m’identifier pleinement à ces valeurs promues et défendues par le Bloc. Il est évident -- les billets de mon blogue en témoignent – que je ne me situe pas à gauche de l’échiquier politique. Dans ces conditions, comment puis-je être enclin à voter pour le parti de Gilles Duceppe? Ce n’est certainement pas l’appui des centrales syndicales qui va m’y inciter. En fait, la seule raison qui m’a amené à voter Bloc auparavant, c’est le fait qu’il était souverainiste.
Enfin, j’ai été, moi aussi, à la fois choqué et traumatisé, par l’appui formel accordé en 2008 par le Bloc à une coalition dirigée par Stéphane Dion et comprenant également le NPD (le parti socialiste du Canada).
« Ce qu’a fait ressortir cette entente historique, explique l’historien Éric Bédard, c’est le socle intellectuel que partagent trudeauistes et bloquistes : même discours moralisateur sur les affaires du monde; même inter/multiculturalisme négateur de l’histoire; même foi aveugle dans un État omniscient et dépensier. »
Le Bloc regrette-t-il cette alliance contre-nature? Pas du tout! « Le Bloc, nous apprend une résolution adoptée au dernier Congrès, se réserve la possibilité de soutenir une coalition de partis politiques ».
Et à voir Gilles Duceppe cogner à bras raccourcis sur Stephen Harper et son parti, on peut d’ores et déjà conclure que l’éventuelle coalition n’inclura certes pas le parti Conservateur! Elle comprendra donc les mêmes formations qu’en 2008. Pétrifiant!
Comme Éric Bédard, j’ai toujours voté Bloc. Les dernières fois, cependant, …à reculons!
Cette fois-ci, que vais-je faire?
Il y a trois options.
Soit, je vote encore Bloc, mais à contrecoeur, car je suis en désaccord avec plusieurs de ses positions de gauche (étatisme gaspilleur, écologisme débridé, pacifisme angélique, défense butée et irrationnelle du registre des armes à feu, copinage tiers-mondiste avec des organisations islamistes) et je n’adhère pas à sa stratégie de coalition;
Soit, j’annule mon vote;
Et soit je vote Conservateur, étant d’accord avec plusieurs des positions et politiques du Gouvernement Harper (sur les changements climatiques, les relations avec nos voisins américains, l’ONU, Israël, l’exploitation des ressources naturelles et la gestion des finances publiques).
Et je ne vous révèle pas quel sera mon choix. Après tout, le vote, c’est secret!! Devinez!
Jacques Brassard
lundi 11 avril 2011
UNE ENTREVUE AVEC CARL BERGERON
Me voilà de retour de la Riviera Maya. Et comme la campagne électorale fédérale ne m'inspire pas beaucoup, vous trouverez ci-dessous, plutôt que des banalités sur une confrontation politique d'une grande platitude, une entrevue que j'avais accordée il y a deux ans à Carl Bergeron, un de ces jeunes intellectuels québécois qui ne sont pas englués dans la bien-pensance et la rectitude politique. L'entrevue avait paru sur son blogue, L'Intelligence Conséquente. Ceux, parmi mes lecteurs, qui s'étonnent souvent (et s'indignent même) des changements survenus dans ma façon de voir les choses, y trouveront des réponses à leurs questions. Vous n'êtes pas tenus d'adhérer aux propos élogieux (un peu trop sans doute) de M. Bergeron.
ENTREVUE
Jacques Brassard est une personnalité incontournable de l’histoire politique québécoise. Impliqué au PQ dès la fondation du parti en 1968, il fut élu député sous cette bannière dans le comté de Lac-Saint-Jean en 1976. Il devint ministre du Loisir, de la Chasse et de la Pêche sous Lévesque et Johnson, avant de devenir whip en chef de l’Opposition officielle de 1985 à 1994, tout en participant de près aux travaux de la Commission Bélanger-Campeau sur l’avenir constitutionnel du Québec en 1990-1991. De retour au pouvoir avec le PQ en 1994 sous Parizeau, il aura la charge de plusieurs portefeuilles ministériels, dont celui, sulfureux, des Affaires intergouvernementales canadiennes en plein tumulte post-référendaire, de 1996 à 1998. Dans la foulée du départ de Lucien Bouchard, il démissionne comme député et ministre en janvier 2002.
Depuis, il est chroniqueur pour le Quotidien, où il se démarque par une plume incisive, qui révèle au public une sensibilité conservatrice occultée par des décennies d’engagement souverainiste. Que ce soit par ses opinions sur Israël et les États-Unis, sur l’écologisme ou le dogmatisme du politiquement correct, Jacques Brassard rompt avec le consensus progressiste québécois et propose une autre façon – plus lucide, plus courageuse - d’aborder la réalité politique québécoise. Retiré de la vie politique, il ne continue pas moins à y contribuer de manière significative.
L’Intelligence conséquente s’est récemment entretenu avec lui.
L’Intelligence conséquente : Jacques Brassard, ceux qui vous lisent se demandent spontanément une question : considérant vos idées, vos convictions de plus en plus affirmées dans les pages du Quotidien, comment avez-vous pu travailler si longtemps au sein d’un Parti Québécois qui a cessé depuis un bon moment, il me semble, d’être une coalition de nationalistes pour devenir d’abord et avant tout un parti de gauche ? Était-ce parce que vous pensiez encore la souveraineté atteignable à court terme ou est-ce tout simplement parce que votre départ du pouvoir vous a permis de mettre à jour vos convictions, de les revisiter pour mieux les affirmer ?
Jacques Brassard : Bien sûr que j’ai changé. Sur le plan intellectuel, il va sans dire. Et cela est normal, à moins d’être un robot équipé d’un unique logiciel. À 20 ans, en 1960, j’étais gauchiste, fasciné par la Révolution à l’instar des héros de Malraux, et séduit par la fabuleuse « mécanique » marxiste. D’ailleurs, il y a toute une section de ma bibliothèque contenant les vestiges de cette époque : Marx, Lénine, Mao, Guevara, Fanon, ainsi que toute la collection de Parti pris, une revue québécoise marxiste. Je ne lis plus aucun de ces livres, mais je les garde comme des artéfacts de mon passé.
J’ai bien vite constaté que le socialisme, en s’incarnant dans des États communistes, devenait une terrible calamité économique et sociale, engendrait la misère et se révélait congénitalement liberticide. L’Archipel du goulag me purgea l’esprit de tout le bataclan marxiste-léniniste. Et aujourd’hui encore, connaissant l’horrible bilan du communisme (100 millions de victimes), je n’arrive pas à comprendre que des jeunes altermondialistes et de vieux gauchistes soient encore envoûtés par ce bric-à-brac idéologique. C’est ahurissant !
Je suis donc devenu social-démocrate derrière René Lévesque à qui je vouais une admiration sans borne. J’étais, comme on disait à l’époque, un « lévesquiste » inconditionnel. Et c’est au moment de l’opération « Déficit zéro », avec Lucien Bouchard, que j’ai pris conscience que la social-démocratie pratiquée depuis 40 ans avait engendré un État-mammouth surprotecteur (une sorte de « nounou »), un État interventionniste tous azimuts, surendetté et nous faisant porter le plus lourd fardeau fiscal en Amérique. C’est à ce moment que j’ai compris que le terme « progressisme », ce qualificatif considéré dans toute la gauche comme étant plein de noblesse, de grandeur et de compassion, signifiait en réalité « étatisme ». Et qu’il n’avait pas grand chose à voir — pas toujours, du moins – avec le progrès réel.
Avec la retraite, j’ai eu le temps et la liberté de revisiter, comme vous dites, mes convictions. De les approfondir aussi. En fréquentant les grands penseurs libéraux (Hayek, Von Mises, Revel, Tocqueville, Pascal Salin, etc.), mais aussi les néo-conservateurs (Guy Millière et Yves Roucaute, par exemple).
L’I. C. : Vous le répétez souvent, le Québec est entravé sur le plan technocratique et bureaucratique. L’État semble de plus en plus décidé à contrôler tous les aspects de nos vies. Une des conséquences de cette manie réglementaire est d’étouffer la croissance économique québécoise, ce dont les régions du Québec sont les premières victimes. Croyez-vous qu’il soit possible pour le Québec de se déprendre du social-étatisme ? Voyez-vous un tel jour arriver avant que nous n’y soyons forcés par une crise qui prendrait la forme d’un choc assez brutal avec le réel et ses lois économiques fondamentales ?
J. B. : J’affirme, même si ça déplaît à mes amis péquistes, que nous sommes allés trop loin dans le voie de l’étatisme, ou de ce que vous appelez le « techno-progressisme ». Cette propension, considérée comme hautement honorable, à élargir le champ d’action de l’État, affecte tous les partis depuis des décennies. Incluant le Parti Libéral, qui n’a de libéral que le nom, car il s’agit d’un parti social-démocrate tout comme le Parti Québécois. Toutefois, ce dernier l’est davantage puisque sa culture est toute imprégnée d’une grande dévotion envers l’État et aussi d’une méfiance systématique à l’endroit de l’économie de marché et de l’entreprise privée. L’ADQ n’est pas contaminé par ce culte du « tout-à-l’État », il est vrai, mais comme ce parti n’est pas près d’accéder au pouvoir, il y a peu de chance de voir bientôt l’État subir une vraie cure minceur…
Peut-on, me demandez-vous, se « déprendre du social-étatisme » ? Il y a bien quelques lueurs d’espoir : amorce d’une action contre la dette publique ; baisse du fardeau fiscal ; découverte par le PQ de l’importance centrale de « la création de la richesse ». Mais les résistances demeurent fortes au sein de toute la classe politique. On le constate, par exemple, lorsqu’il est question de la place du privé dans le système de santé. À l’exception encore une fois de Mario Dumont, la classe politique monte vite aux barricades pour défendre le monopole d’État quasi soviétique en cette matière. Pourra-t-on un jour s’extirper de cette mélasse social-étatiste, qui porte l’étiquette séduisante de « progressisme » ? Je le souhaite mais, comme dirait Achille Talon, un doute m’assaille !
L’I. C. : L’ingénierie sociale n’est pas qu’un problème économique. Nous voyons depuis plusieurs années le gouvernement multiplier les entreprises d’ingénierie morale et identitaire au nom de la tolérance, de l’ouverture à l’autre, ce qui nous a conduits à reconstruire la famille en dehors de son modèle traditionnel et à multiplier les campagnes de sensibilisation pour discréditer tous les comportements sociaux traditionnels. Le gouvernement, au nom du bien vivre, du bien manger, du bien aimer, du bien faire l’amour, nous matraque avec sa morale égalitariste sans aucun égards pour une certaine décence, et sans respect non plus pour l’héritage judéo-chrétien du Québec. Regardez-vous avec inquiétude cette volonté de reprogrammer tous les comportements sociaux pour les conformer à la morale soixante-huitarde ? Ou croyez-vous que les vieilles valeurs durent longtemps et qu’elles sauront résister au progressisme moral ?
J. B. : Les vieilles valeurs et la morale judéo-chrétienne sont toujours présentes au sein du peuple. Ces valeurs morales sont au cœur, rappelons-le, de la civilisation occidentale. Mais, partout en Occident (donc au Québec aussi), chez les élites intellectuelles et la classe politique, le relativisme moral et culturel contamine tout. Tout est confondu, le Bien et le Mal, le Vrai et le Faux, et tout est justifiable : le fanatisme, l’extrémisme, l’à-plat-ventrisme, l’obscurantisme, la reddition. Même le terrorisme bénéficie de l’indulgence des progressistes car il est engendré, n’est-ce pas, par la misère. Ce qui est faux, mais de faire semblant de le croire justifie la complaisance à son égard. Rappelons-nous Pierre Falardeau se drapant dans les drapeaux du Hezbollah.
Le plus déplorable et le plus inquiétant, c’est que notre système d’éducation est infesté par cette idéologie relativiste. Le plus bel exemple, c’est le cours d’Éthique et de culture religieuse qui sera bientôt enseigné dans nos écoles. Le jeune et brillant intellectuel Mathieu Bock-Côté a bien raison de le qualifier « d’utopisme malfaisant ». « Certains esprits cocasses, écrit-il (et je suis bien d’accord avec lui), se réjouissent de la laïcisation de l’école alors qu’on s’apprête à la confier pour de bon à un nouveau clergé, au service de la religion multiculturelle avec ses dogmes et son catéchisme ». Cette nouvelle religion, qui s’enseigne déjà dans nos écoles, consiste en une macédoine socialo-écolo-pacifiste assaisonnée d’altermondialisme et de haine de soi — je veux dire d’exécration de la civilisation occidentale. Je constate chez mes petits-enfants l’adhésion à cette religion post-moderne. On n’est pas sorti du bois !
L’I. C. : Vous ciblez souvent les écologistes, qui semblent vos ennemis prioritaires. Vous n’hésitez pas d’ailleurs à reconnaître dans l’écologisme une forme de religion séculière, toute vouée à la mère Gaïa, et qui trouverait la présence humaine bien encombrante pour l’avenir de la planète. Au nom d’un monde repeint en vert, on semble bien décidés à limiter considérablement les libertés humaines, désormais contradictoires avec le « développement durable », la lutte au « réchauffement climatique » ou tout simplement avec la « survie de la planète ». Croyez-vous qu’il y ait dans l’écologisme les germes d’un nouveau totalitarisme ?
J. B. : L’écologie, qui se voulait une science nouvelle, ayant comme objet l’étude des écosystèmes, a dégénéré en écologisme, le « isme » révélant qu’elle s’est transmuée en idéologie. Le cœur de cette idéologie, c’est le culte que nous devons vouer à Mère-Nature, la Gaïa de Lovelock. Et là aussi, le relativisme domine, en ce sens qu’au sein de la biosphère toutes les espèces se valent et sont sur le même pied. L’espèce humaine n’a pas plus d’importance que les autres, elle n’est pas plus importante que la limace ou le lichen. C’est toutefois une espèce nuisible et malfaisante dont il convient de contrôler les actes et de contraindre les mauvais penchants, et qu’il est impérieux d’assujettir à des gourous détenteurs d’un diplôme de sauveurs patentés de la planète.
Quand on observe les comportements et les revendications de la mouvance verdoyante, il est légitime de craindre la mise en place d’un État écolo. Il serait, je vous l’assure, tout aussi totalitaire que les États fascistes et communistes d’autrefois. Au nom de la préservation de la Nature, les vils humains que nous sommes seraient écrasés sous une chape de plomb de lois, de règlements, de directives, de contraintes, d’interdits, de sanctions, de remontrances, de punitions. Bref, un régime tout aussi liberticide que les régimes communistes. Il y a au cœur de l’idéologie écolo une profonde détestation de l’être humain. Il pourrait même y avoir, au sein d’un État écolo, des « camps de rééducation » pour nous apprendre à consommer moins d’eau, à ne pas manger de hamburgers et à retenir notre respiration pour produire moins de CO2. Ne confions surtout pas l’État aux écolos ! Il est vrai qu’ils ne sont pas près d’accéder au pouvoir, mais leur idéologie est devenue, à bien des égards, la pensée unique en Occident. On le voit à la façon dont on traite – comme des parias ! – les sceptiques du réchauffement anthropique. N’oublions jamais ce que nous disait Jean-François Revel : « Toute idéologie est un égarement… C’est une construction a priori, élaborée en amont et au mépris des faits et des droits, c’est le contraire à la fois de la science et de la philosophie, de la religion et de la morale. » Et, je le répète, l’idéologie écolo est tout aussi dangereuse que l’idéologie marxiste-léniniste.
L’I. C. : L’anti-américanisme mine le Québec. Il s’accompagne plus souvent qu’autrement d’une complaisance désarmante envers la « cause » palestinienne, sans aucune considération pour la situation pourtant difficile d’Israël. Comment expliquez-vous cette forme de pensée radicalement anti-occidentale ? Y voyez-vous une forme de mauvaise conscience qui ruinerait secrètement notre société ? Où y reconnaissez-vous le symptôme d’une élite dévorée par l’idéologie anti-occidentale et négligeant cette réalité bien simple : le Québec s’enracine dans la civilisation occidentale et devrait avoir une certaine sympathie pour les autres nations qui composent cette civilisation.
J. B. : Quand vous dites que « le Québec s’enracine dans la civilisation occidentale et devrait avoir une certaine sympathie pour les autres nations qui composent cette civilisation », vous énoncez une évidence. Alors, comment se fait-il que la haine de cette civilisation – à laquelle nous appartenons — soit si dominante chez nos élites intellectuelles et artistiques de même que dans l’univers médiatique et la classe politique ? Cette haine de soi est-elle un symptôme de déclin et de pourrissement ? On pourrait le croire, surtout quand on voit qu’elle est à la fois plus intense et plus pathologique lorsqu’elle a pour objet les deux nations, États-Unis et Israël, qui mènent courageusement le combat contre les forces destructrices anti-occidentales. « Mauvaise conscience », dites-vous ? Sans doute ! Mais aussi une dérive idéologique tout aussi dangereuse que la dérive socialo-marxiste. Le Palestinien a remplacé le Prolétaire comme incarnation exemplaire de l’Opprimé et de la Victime. Il convient donc de voler à son secours en métamorphosant Israël en agresseur alors qu’il est, depuis 60 ans, l’agressé. Il faut vraiment être aveuglé par la haine de l’Occident et un anti-américanisme démentiel pour se laisser ainsi manipuler par la propagande islamo- palestinienne.
« Partout où nous tournons nos regards sur les cinq continents, écrit le philosophe Yves Roucaute dans La puissance de la liberté, je vois la même haine. Quelle conscience peut s’étourdir à ce point de ses chimères pour ne pas voir l’universalité du terrorisme ? La réalité de la Quatrième Guerre mondiale ? Et la nécessité de l’affronter sans attendre. » Heureusement, les États-Unis d’Amérique ont compris, après le 11 septembre 2001, qu’une autre guerre mondiale venait d’éclater. Elle avait cependant commencé bien avant l’effondrement des tours jumelles de New York, mais le président Clinton l’avait ignorée. Le président Bush, lui, aura eu le mérite de prendre toute la mesure de cette singulière et horrible déclaration de guerre et de désigner l’ennemi sans détour : le terrorisme et l’obscurantisme islamistes dont l’objectif proclamé est la destruction de la civilisation occidentale. Ignorer cette réalité, comme le font les pacifistes et les défaitistes de toutes catégories, c’est contribuer objectivement à l’anéantissement des valeurs et des fondements mêmes de l’Occident. C’est triste à dire, mais « l’esprit de Munich » est toujours bien vivace.
L’I. C. : Vous l’avez souvent constaté : il y a un problème identitaire au Québec, où le multiculturalisme officiel carbure à la négation de l’identité nationale québécoise. Une certaine intelligentsia au pouvoir semble ne reconnaître dans le désir de réaffirmation identitaire qu’une simple manifestation d’intolérance, de xénophobie ; de racisme, même. Vous croyez nécessaire de réaffirmer l’identité nationale québécoise : avez-vous une idée de l’avenue à prendre pour mieux sortir de la mauvaise conscience ? Croyez-vous qu’il soit possible au Québec de parler sérieusement d’immigration ou d’identité sans risquer la disqualification par les censeurs médiatiques ?
J. B. : Dans les cénacles intellos et les tours d’ivoire universitaires, se préoccuper de l’angoisse identitaire des Québécois est considéré comme un réflexe archaïque du plus mauvais goût. Désormais, la nation se doit d’être civique, c’est-à-dire n’avoir comme critères que la citoyenneté et la territorialité. La nation québécoise, selon ces beaux esprits, est donc constituée de tous les citoyens qui habitent le territoire québécois. Point à la ligne. Et n’ayons surtout pas la grossièreté des moyenâgeux en tentant d’introduire dans le concept de nation des critères « ethnique », culturel, patrimonial et historique. Pouah ! Quelle étroitesse d’esprit ! Quelle manque d’ouverture !
Pour moi, le concept de nation civique apparaît sans doute comme très inclusif mais il est d’une grande indigence de contenu. La nation dite ethnique, par contre, est riche de toute la culture et de toute la mémoire d’une collectivité particulière, c’est-à-dire, pour l’essentiel, les descendants des Français enracinés en terre d’Amérique depuis 400 ans. « L’espace culturel québécois, écrit Gérard Bouchard (oui, le commissaire !), n’est pas vierge, il est fortement structuré en vertu d’une dynamique collective vieille de quatre siècles, au sein de laquelle la composante francophone a toujours pesé d’un poids prépondérant en raison à la fois de son nombre, de son ancienneté et de son action vigoureuse. Il est impossible, sociologiquement, que cette composante massive retraite tout à coup des lieux symboliques qu’elle a aménagés au cours de l’histoire (langue, coutumes, symboles et le reste) et renonce en quelque sorte à ce qu’elle est. Il est par conséquent inévitable que la culture commune soit très fortement imprégnée de la vieille culture canadienne-française – et celle-ci n’a pas à s’en excuser. » Un tel point de vue ne me paraît pas très… interculturel ! Il en découle cependant que les nouveaux venus doivent entreprendre une démarche d’intégration à la culture commune dont la prépondérance s’appuie sur quatre siècles d’histoire. Et ultimement, ce devrait être une intégration assimilatrice, rien de moins. Comme aux États-Unis où les enfants et les petits-enfants des immigrants sont devenus des Américains… « pure laine » ou, si l’on veut, « de souche ». Comme en France aussi, où les descendants d’immigrants espagnols, portugais, polonais, italiens, russes, hongrois (comme Sarkozy), etc. sont devenus des Français à part entière. Et si la France est actuellement aux prises, dans des banlieues qui sont des zones de non-droit, avec des masses d’immigrés réfractaires à leur « francisation », c’est tout simplement que le processus d’intégration-assimilation est en panne.
La solution pour le Québec ? Je vous dirais l’Indépendance. Je suis, vous le savez, un vieux séparatiste et je demeure persuadé que pour s’extirper du multiculturalisme (et de l’interculturalisme, ce qui est la même chose) qui constitue un paradigme central du fédéralisme canadien, le Québec doit avoir en mains tous les outils lui permettant de mettre en branle une véritable et efficace politique d’intégration-assimilation des immigrants et de leurs descendants. Et pour avoir la pleine et entière maîtrise d’un tel processus, il est impératif d’être un pays indépendant. C’est ce que pensait d’ailleurs Gérard Bouchard avant d’être nommé co-président de la Commission sur les accommodements raisonnables.
ENTREVUE
Jacques Brassard est une personnalité incontournable de l’histoire politique québécoise. Impliqué au PQ dès la fondation du parti en 1968, il fut élu député sous cette bannière dans le comté de Lac-Saint-Jean en 1976. Il devint ministre du Loisir, de la Chasse et de la Pêche sous Lévesque et Johnson, avant de devenir whip en chef de l’Opposition officielle de 1985 à 1994, tout en participant de près aux travaux de la Commission Bélanger-Campeau sur l’avenir constitutionnel du Québec en 1990-1991. De retour au pouvoir avec le PQ en 1994 sous Parizeau, il aura la charge de plusieurs portefeuilles ministériels, dont celui, sulfureux, des Affaires intergouvernementales canadiennes en plein tumulte post-référendaire, de 1996 à 1998. Dans la foulée du départ de Lucien Bouchard, il démissionne comme député et ministre en janvier 2002.
Depuis, il est chroniqueur pour le Quotidien, où il se démarque par une plume incisive, qui révèle au public une sensibilité conservatrice occultée par des décennies d’engagement souverainiste. Que ce soit par ses opinions sur Israël et les États-Unis, sur l’écologisme ou le dogmatisme du politiquement correct, Jacques Brassard rompt avec le consensus progressiste québécois et propose une autre façon – plus lucide, plus courageuse - d’aborder la réalité politique québécoise. Retiré de la vie politique, il ne continue pas moins à y contribuer de manière significative.
L’Intelligence conséquente s’est récemment entretenu avec lui.
L’Intelligence conséquente : Jacques Brassard, ceux qui vous lisent se demandent spontanément une question : considérant vos idées, vos convictions de plus en plus affirmées dans les pages du Quotidien, comment avez-vous pu travailler si longtemps au sein d’un Parti Québécois qui a cessé depuis un bon moment, il me semble, d’être une coalition de nationalistes pour devenir d’abord et avant tout un parti de gauche ? Était-ce parce que vous pensiez encore la souveraineté atteignable à court terme ou est-ce tout simplement parce que votre départ du pouvoir vous a permis de mettre à jour vos convictions, de les revisiter pour mieux les affirmer ?
Jacques Brassard : Bien sûr que j’ai changé. Sur le plan intellectuel, il va sans dire. Et cela est normal, à moins d’être un robot équipé d’un unique logiciel. À 20 ans, en 1960, j’étais gauchiste, fasciné par la Révolution à l’instar des héros de Malraux, et séduit par la fabuleuse « mécanique » marxiste. D’ailleurs, il y a toute une section de ma bibliothèque contenant les vestiges de cette époque : Marx, Lénine, Mao, Guevara, Fanon, ainsi que toute la collection de Parti pris, une revue québécoise marxiste. Je ne lis plus aucun de ces livres, mais je les garde comme des artéfacts de mon passé.
J’ai bien vite constaté que le socialisme, en s’incarnant dans des États communistes, devenait une terrible calamité économique et sociale, engendrait la misère et se révélait congénitalement liberticide. L’Archipel du goulag me purgea l’esprit de tout le bataclan marxiste-léniniste. Et aujourd’hui encore, connaissant l’horrible bilan du communisme (100 millions de victimes), je n’arrive pas à comprendre que des jeunes altermondialistes et de vieux gauchistes soient encore envoûtés par ce bric-à-brac idéologique. C’est ahurissant !
Je suis donc devenu social-démocrate derrière René Lévesque à qui je vouais une admiration sans borne. J’étais, comme on disait à l’époque, un « lévesquiste » inconditionnel. Et c’est au moment de l’opération « Déficit zéro », avec Lucien Bouchard, que j’ai pris conscience que la social-démocratie pratiquée depuis 40 ans avait engendré un État-mammouth surprotecteur (une sorte de « nounou »), un État interventionniste tous azimuts, surendetté et nous faisant porter le plus lourd fardeau fiscal en Amérique. C’est à ce moment que j’ai compris que le terme « progressisme », ce qualificatif considéré dans toute la gauche comme étant plein de noblesse, de grandeur et de compassion, signifiait en réalité « étatisme ». Et qu’il n’avait pas grand chose à voir — pas toujours, du moins – avec le progrès réel.
Avec la retraite, j’ai eu le temps et la liberté de revisiter, comme vous dites, mes convictions. De les approfondir aussi. En fréquentant les grands penseurs libéraux (Hayek, Von Mises, Revel, Tocqueville, Pascal Salin, etc.), mais aussi les néo-conservateurs (Guy Millière et Yves Roucaute, par exemple).
L’I. C. : Vous le répétez souvent, le Québec est entravé sur le plan technocratique et bureaucratique. L’État semble de plus en plus décidé à contrôler tous les aspects de nos vies. Une des conséquences de cette manie réglementaire est d’étouffer la croissance économique québécoise, ce dont les régions du Québec sont les premières victimes. Croyez-vous qu’il soit possible pour le Québec de se déprendre du social-étatisme ? Voyez-vous un tel jour arriver avant que nous n’y soyons forcés par une crise qui prendrait la forme d’un choc assez brutal avec le réel et ses lois économiques fondamentales ?
J. B. : J’affirme, même si ça déplaît à mes amis péquistes, que nous sommes allés trop loin dans le voie de l’étatisme, ou de ce que vous appelez le « techno-progressisme ». Cette propension, considérée comme hautement honorable, à élargir le champ d’action de l’État, affecte tous les partis depuis des décennies. Incluant le Parti Libéral, qui n’a de libéral que le nom, car il s’agit d’un parti social-démocrate tout comme le Parti Québécois. Toutefois, ce dernier l’est davantage puisque sa culture est toute imprégnée d’une grande dévotion envers l’État et aussi d’une méfiance systématique à l’endroit de l’économie de marché et de l’entreprise privée. L’ADQ n’est pas contaminé par ce culte du « tout-à-l’État », il est vrai, mais comme ce parti n’est pas près d’accéder au pouvoir, il y a peu de chance de voir bientôt l’État subir une vraie cure minceur…
Peut-on, me demandez-vous, se « déprendre du social-étatisme » ? Il y a bien quelques lueurs d’espoir : amorce d’une action contre la dette publique ; baisse du fardeau fiscal ; découverte par le PQ de l’importance centrale de « la création de la richesse ». Mais les résistances demeurent fortes au sein de toute la classe politique. On le constate, par exemple, lorsqu’il est question de la place du privé dans le système de santé. À l’exception encore une fois de Mario Dumont, la classe politique monte vite aux barricades pour défendre le monopole d’État quasi soviétique en cette matière. Pourra-t-on un jour s’extirper de cette mélasse social-étatiste, qui porte l’étiquette séduisante de « progressisme » ? Je le souhaite mais, comme dirait Achille Talon, un doute m’assaille !
L’I. C. : L’ingénierie sociale n’est pas qu’un problème économique. Nous voyons depuis plusieurs années le gouvernement multiplier les entreprises d’ingénierie morale et identitaire au nom de la tolérance, de l’ouverture à l’autre, ce qui nous a conduits à reconstruire la famille en dehors de son modèle traditionnel et à multiplier les campagnes de sensibilisation pour discréditer tous les comportements sociaux traditionnels. Le gouvernement, au nom du bien vivre, du bien manger, du bien aimer, du bien faire l’amour, nous matraque avec sa morale égalitariste sans aucun égards pour une certaine décence, et sans respect non plus pour l’héritage judéo-chrétien du Québec. Regardez-vous avec inquiétude cette volonté de reprogrammer tous les comportements sociaux pour les conformer à la morale soixante-huitarde ? Ou croyez-vous que les vieilles valeurs durent longtemps et qu’elles sauront résister au progressisme moral ?
J. B. : Les vieilles valeurs et la morale judéo-chrétienne sont toujours présentes au sein du peuple. Ces valeurs morales sont au cœur, rappelons-le, de la civilisation occidentale. Mais, partout en Occident (donc au Québec aussi), chez les élites intellectuelles et la classe politique, le relativisme moral et culturel contamine tout. Tout est confondu, le Bien et le Mal, le Vrai et le Faux, et tout est justifiable : le fanatisme, l’extrémisme, l’à-plat-ventrisme, l’obscurantisme, la reddition. Même le terrorisme bénéficie de l’indulgence des progressistes car il est engendré, n’est-ce pas, par la misère. Ce qui est faux, mais de faire semblant de le croire justifie la complaisance à son égard. Rappelons-nous Pierre Falardeau se drapant dans les drapeaux du Hezbollah.
Le plus déplorable et le plus inquiétant, c’est que notre système d’éducation est infesté par cette idéologie relativiste. Le plus bel exemple, c’est le cours d’Éthique et de culture religieuse qui sera bientôt enseigné dans nos écoles. Le jeune et brillant intellectuel Mathieu Bock-Côté a bien raison de le qualifier « d’utopisme malfaisant ». « Certains esprits cocasses, écrit-il (et je suis bien d’accord avec lui), se réjouissent de la laïcisation de l’école alors qu’on s’apprête à la confier pour de bon à un nouveau clergé, au service de la religion multiculturelle avec ses dogmes et son catéchisme ». Cette nouvelle religion, qui s’enseigne déjà dans nos écoles, consiste en une macédoine socialo-écolo-pacifiste assaisonnée d’altermondialisme et de haine de soi — je veux dire d’exécration de la civilisation occidentale. Je constate chez mes petits-enfants l’adhésion à cette religion post-moderne. On n’est pas sorti du bois !
L’I. C. : Vous ciblez souvent les écologistes, qui semblent vos ennemis prioritaires. Vous n’hésitez pas d’ailleurs à reconnaître dans l’écologisme une forme de religion séculière, toute vouée à la mère Gaïa, et qui trouverait la présence humaine bien encombrante pour l’avenir de la planète. Au nom d’un monde repeint en vert, on semble bien décidés à limiter considérablement les libertés humaines, désormais contradictoires avec le « développement durable », la lutte au « réchauffement climatique » ou tout simplement avec la « survie de la planète ». Croyez-vous qu’il y ait dans l’écologisme les germes d’un nouveau totalitarisme ?
J. B. : L’écologie, qui se voulait une science nouvelle, ayant comme objet l’étude des écosystèmes, a dégénéré en écologisme, le « isme » révélant qu’elle s’est transmuée en idéologie. Le cœur de cette idéologie, c’est le culte que nous devons vouer à Mère-Nature, la Gaïa de Lovelock. Et là aussi, le relativisme domine, en ce sens qu’au sein de la biosphère toutes les espèces se valent et sont sur le même pied. L’espèce humaine n’a pas plus d’importance que les autres, elle n’est pas plus importante que la limace ou le lichen. C’est toutefois une espèce nuisible et malfaisante dont il convient de contrôler les actes et de contraindre les mauvais penchants, et qu’il est impérieux d’assujettir à des gourous détenteurs d’un diplôme de sauveurs patentés de la planète.
Quand on observe les comportements et les revendications de la mouvance verdoyante, il est légitime de craindre la mise en place d’un État écolo. Il serait, je vous l’assure, tout aussi totalitaire que les États fascistes et communistes d’autrefois. Au nom de la préservation de la Nature, les vils humains que nous sommes seraient écrasés sous une chape de plomb de lois, de règlements, de directives, de contraintes, d’interdits, de sanctions, de remontrances, de punitions. Bref, un régime tout aussi liberticide que les régimes communistes. Il y a au cœur de l’idéologie écolo une profonde détestation de l’être humain. Il pourrait même y avoir, au sein d’un État écolo, des « camps de rééducation » pour nous apprendre à consommer moins d’eau, à ne pas manger de hamburgers et à retenir notre respiration pour produire moins de CO2. Ne confions surtout pas l’État aux écolos ! Il est vrai qu’ils ne sont pas près d’accéder au pouvoir, mais leur idéologie est devenue, à bien des égards, la pensée unique en Occident. On le voit à la façon dont on traite – comme des parias ! – les sceptiques du réchauffement anthropique. N’oublions jamais ce que nous disait Jean-François Revel : « Toute idéologie est un égarement… C’est une construction a priori, élaborée en amont et au mépris des faits et des droits, c’est le contraire à la fois de la science et de la philosophie, de la religion et de la morale. » Et, je le répète, l’idéologie écolo est tout aussi dangereuse que l’idéologie marxiste-léniniste.
L’I. C. : L’anti-américanisme mine le Québec. Il s’accompagne plus souvent qu’autrement d’une complaisance désarmante envers la « cause » palestinienne, sans aucune considération pour la situation pourtant difficile d’Israël. Comment expliquez-vous cette forme de pensée radicalement anti-occidentale ? Y voyez-vous une forme de mauvaise conscience qui ruinerait secrètement notre société ? Où y reconnaissez-vous le symptôme d’une élite dévorée par l’idéologie anti-occidentale et négligeant cette réalité bien simple : le Québec s’enracine dans la civilisation occidentale et devrait avoir une certaine sympathie pour les autres nations qui composent cette civilisation.
J. B. : Quand vous dites que « le Québec s’enracine dans la civilisation occidentale et devrait avoir une certaine sympathie pour les autres nations qui composent cette civilisation », vous énoncez une évidence. Alors, comment se fait-il que la haine de cette civilisation – à laquelle nous appartenons — soit si dominante chez nos élites intellectuelles et artistiques de même que dans l’univers médiatique et la classe politique ? Cette haine de soi est-elle un symptôme de déclin et de pourrissement ? On pourrait le croire, surtout quand on voit qu’elle est à la fois plus intense et plus pathologique lorsqu’elle a pour objet les deux nations, États-Unis et Israël, qui mènent courageusement le combat contre les forces destructrices anti-occidentales. « Mauvaise conscience », dites-vous ? Sans doute ! Mais aussi une dérive idéologique tout aussi dangereuse que la dérive socialo-marxiste. Le Palestinien a remplacé le Prolétaire comme incarnation exemplaire de l’Opprimé et de la Victime. Il convient donc de voler à son secours en métamorphosant Israël en agresseur alors qu’il est, depuis 60 ans, l’agressé. Il faut vraiment être aveuglé par la haine de l’Occident et un anti-américanisme démentiel pour se laisser ainsi manipuler par la propagande islamo- palestinienne.
« Partout où nous tournons nos regards sur les cinq continents, écrit le philosophe Yves Roucaute dans La puissance de la liberté, je vois la même haine. Quelle conscience peut s’étourdir à ce point de ses chimères pour ne pas voir l’universalité du terrorisme ? La réalité de la Quatrième Guerre mondiale ? Et la nécessité de l’affronter sans attendre. » Heureusement, les États-Unis d’Amérique ont compris, après le 11 septembre 2001, qu’une autre guerre mondiale venait d’éclater. Elle avait cependant commencé bien avant l’effondrement des tours jumelles de New York, mais le président Clinton l’avait ignorée. Le président Bush, lui, aura eu le mérite de prendre toute la mesure de cette singulière et horrible déclaration de guerre et de désigner l’ennemi sans détour : le terrorisme et l’obscurantisme islamistes dont l’objectif proclamé est la destruction de la civilisation occidentale. Ignorer cette réalité, comme le font les pacifistes et les défaitistes de toutes catégories, c’est contribuer objectivement à l’anéantissement des valeurs et des fondements mêmes de l’Occident. C’est triste à dire, mais « l’esprit de Munich » est toujours bien vivace.
L’I. C. : Vous l’avez souvent constaté : il y a un problème identitaire au Québec, où le multiculturalisme officiel carbure à la négation de l’identité nationale québécoise. Une certaine intelligentsia au pouvoir semble ne reconnaître dans le désir de réaffirmation identitaire qu’une simple manifestation d’intolérance, de xénophobie ; de racisme, même. Vous croyez nécessaire de réaffirmer l’identité nationale québécoise : avez-vous une idée de l’avenue à prendre pour mieux sortir de la mauvaise conscience ? Croyez-vous qu’il soit possible au Québec de parler sérieusement d’immigration ou d’identité sans risquer la disqualification par les censeurs médiatiques ?
J. B. : Dans les cénacles intellos et les tours d’ivoire universitaires, se préoccuper de l’angoisse identitaire des Québécois est considéré comme un réflexe archaïque du plus mauvais goût. Désormais, la nation se doit d’être civique, c’est-à-dire n’avoir comme critères que la citoyenneté et la territorialité. La nation québécoise, selon ces beaux esprits, est donc constituée de tous les citoyens qui habitent le territoire québécois. Point à la ligne. Et n’ayons surtout pas la grossièreté des moyenâgeux en tentant d’introduire dans le concept de nation des critères « ethnique », culturel, patrimonial et historique. Pouah ! Quelle étroitesse d’esprit ! Quelle manque d’ouverture !
Pour moi, le concept de nation civique apparaît sans doute comme très inclusif mais il est d’une grande indigence de contenu. La nation dite ethnique, par contre, est riche de toute la culture et de toute la mémoire d’une collectivité particulière, c’est-à-dire, pour l’essentiel, les descendants des Français enracinés en terre d’Amérique depuis 400 ans. « L’espace culturel québécois, écrit Gérard Bouchard (oui, le commissaire !), n’est pas vierge, il est fortement structuré en vertu d’une dynamique collective vieille de quatre siècles, au sein de laquelle la composante francophone a toujours pesé d’un poids prépondérant en raison à la fois de son nombre, de son ancienneté et de son action vigoureuse. Il est impossible, sociologiquement, que cette composante massive retraite tout à coup des lieux symboliques qu’elle a aménagés au cours de l’histoire (langue, coutumes, symboles et le reste) et renonce en quelque sorte à ce qu’elle est. Il est par conséquent inévitable que la culture commune soit très fortement imprégnée de la vieille culture canadienne-française – et celle-ci n’a pas à s’en excuser. » Un tel point de vue ne me paraît pas très… interculturel ! Il en découle cependant que les nouveaux venus doivent entreprendre une démarche d’intégration à la culture commune dont la prépondérance s’appuie sur quatre siècles d’histoire. Et ultimement, ce devrait être une intégration assimilatrice, rien de moins. Comme aux États-Unis où les enfants et les petits-enfants des immigrants sont devenus des Américains… « pure laine » ou, si l’on veut, « de souche ». Comme en France aussi, où les descendants d’immigrants espagnols, portugais, polonais, italiens, russes, hongrois (comme Sarkozy), etc. sont devenus des Français à part entière. Et si la France est actuellement aux prises, dans des banlieues qui sont des zones de non-droit, avec des masses d’immigrés réfractaires à leur « francisation », c’est tout simplement que le processus d’intégration-assimilation est en panne.
La solution pour le Québec ? Je vous dirais l’Indépendance. Je suis, vous le savez, un vieux séparatiste et je demeure persuadé que pour s’extirper du multiculturalisme (et de l’interculturalisme, ce qui est la même chose) qui constitue un paradigme central du fédéralisme canadien, le Québec doit avoir en mains tous les outils lui permettant de mettre en branle une véritable et efficace politique d’intégration-assimilation des immigrants et de leurs descendants. Et pour avoir la pleine et entière maîtrise d’un tel processus, il est impératif d’être un pays indépendant. C’est ce que pensait d’ailleurs Gérard Bouchard avant d’être nommé co-président de la Commission sur les accommodements raisonnables.
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