vendredi 23 novembre 2012

MAIN BASSE SUR LE BAPE

(Chronique parue le 23 novembre dans le Journal de Québec)
                                   

Quand je dis que les Verts sont au Pouvoir à Québec, je sais bien que les gens raisonnables et pondérés trouvent que je dépasse les bornes de la bienséance. C’est que, voyez-vous, les respectables bien-pensants ne connaissent pas vraiment l’idéologie «enverdeuse».

Ils ignorent ou feignent d’ignorer que les écolos purs et durs sont par nature intolérants. Ils détiennent la Vérité et méprisent tous ceux qui osent douter de leur credo.

Et sachez qu’il n’est pas nécessaire qu’ils soient majoritaires au sein du Conseil des Ministres et du caucus. Ils sont si habiles à s’afficher et à pérorer comme des connaisseurs chevronnés en matière de sauvegarde de la Nature que tous les autres autour d’eux se perçoivent comme des ignares inaptes à remettre en question la vulgate écolo.

Donc, les Verts dominent au cœur du Pouvoir à Québec.

Il en découle qu’ils vont s’efforcer de faire main basse sur le BAPE. Rappelons que le Bureau d’Audience Publique en Environnement, créé lors du premier mandat de René Lévesque, joue un rôle clé dans le processus d’évaluation environnementale de tout grand projet industriel et d’infrastructure. Il reçoit l’étude d’impact, procède à des audiences publiques et soumet au gouvernement des recommandations.

La mouvance écolo a toujours eu une attitude ambivalente à l’égard du BAPE. En fait, quand la recommandation rejoint leur position (soit le rejet d’un projet), le BAPE est encensé et son rapport est à la base de leur homélie. Mais quand le BAPE approuve un projet, alors, là, l’anathème s’abat sur l’organisme, considéré comme une officine à la solde du Grand Capital.

Par conséquent, vous comprenez pourquoi le Ministre de l’Environnement, Daniel Breton, un activiste verdoyant qui fut de tous les combats contre les grands projets de développement économique (le suroît, Gentilly II, les gaz de schiste, le pétrole albertain, le Plan Nord, etc) s’est dépêché de mettre le BAPE en coupe réglée.

De quelle façon? D’abord, en faisant une «visite de courtoisie» dans les bureaux de l’organisme. Cette incursion constitue un message limpide aux commissaires et au personnel du BAPE d’avoir à filer doux. Désormais, les travaux et les recommandations de l’organisme devront se conformer à la dogmatique anti développement de l’église écolo.

D’autre part, le Ministre a pris les précautions d’usage. Il a viré le président et le vice-président du BAPE pour les remplacer par deux mollahs verdoyants : Pierre Baril, un activiste réchauffiste et Louis-Gilles Francoeur, un scribe zélé qui a fait du Devoir une gazette écolo de référence.

Dans de telles conditions, le discours de la Première Ministre sur la création de richesse et le développement économique voit sa crédibilité mise à mal par la croisade de son ministre visant à faire rentrer le BAPE dans le moule de la plus stricte rectitude écologique.

De telle sorte que les projets de développement vont se heurter à un BAPE sous le contrôle des sectaires écolos. Avec la perspective d’une mise au rancart programmée.

On évoquera bien sûr le concept de développement durable pour justifier le rejet des projets. Car ce concept est d’une telle élasticité que vous n’avez pas idée combien l’attribut de «durabilité» sera, à toutes fins utiles, impossible à obtenir. Et avec les gardes-chiourmes que le Ministre vient de nommer, il peut être assuré du respect de l’orthodoxie verdoyante.

Jacques Brassard

10 commentaires:

Anonyme a dit…

Poursuivre des objectifs contradictoires semble être jusqu'à nouvel ordre l'orientation stratégique du PQ. L'objectif de l'indépendance du Québec est irréalisable en l'absence de prospérité économique, or l'autre objectif poursuivi soit l'application dans toute sa rigueur des "principes" de l'intégrisme écologique aboutit invariablement au sous-développement économique, à la pauvreté et à une plus grande dépendance à l'égard des transferts fédéraux et de la péréquation, soit un résultat à l'opposé du premier objectif.

Cette incohérence profonde n'est pas uniquement le fait du PQ, elle frappe malheureusement une tranche assez large des électeurs québécois. C'est cette même incohérence qui les fait mépriser le "pétrole sale" de l'Alberta, tout en encaissant sans dire merci les milliards en péréquation qui leur viennent de ce même "pétrole sale"!

Incohérence mais également pensée magique qui, du bureau du Premier Ministre jusqu'aux salles de rédaction des médias, entretient l'illusion qu'il est possible pour le Québec d'être riche et indépendant, sans exploiter à fond toutes ses ressources.

Hélios d'Alexandrie

Anonyme a dit…

Rappelez-moi déjà pour qui vous avez voté aux dernières élections?

Vincent a dit…

Le BAPE compte six membres. À l'arrivée du PQ au pouvoir, TOUS les six étaient des libéraux «teindus rouges» : attachés politiques, recherchistes, donateurs, candidats à la candidature (pbs.twimg.com/media/A8kG_clCYAAaTsn.jpg). C'était une annexe du parti libéral, au service du parti libéral et de ses idées. Il était normal de lui rendre son rôle, qui est de donner un point de vue environnemental sur les projets industriels afin d'éclairer les décisions du gouvernement.

Anonyme a dit…

L'hystérique Breton est assigné à comparaître devant l'Assemblée nationale cette semaine.

C'est déjà ça de pris!

J'espère qu'il se fera remonter les bretelles.

Conservateur québécois a dit…

Le BAPE est devenu un refuge d'écolos purs et durs. Quand je pense que le pseudo journaliste du Devoir Francoeur y a maintenant une job !

Anonyme a dit…

Vincent a encore tombé pile. 100% d'accord avec lui.

Accepterait-on un arbitre d'un sport qui n'aime pas ce sport ? De la même façon on ne peut tout de même pas donner à des pollueurs ou à ceux qui les défendent (la droite en général) le pouvoir de juger de la dangerosité d'un projet d'exploitation qui a des conséquences sur l'environnement. C'est bien beau de fabriquer des bebelles en plastiques pour faire des profits mais il y des choses plus importantes dans le vie que la consommation.

Signé : un vilain gauchiste

jh a dit…

L'environnementaliste, un destructeur parmi d'autres

Des gens profondément coupés d'eux-mêmes projettent cette image qu'ils seraient cependant connectés à l'environnement et qu'ils se définiraient désormais par la rectitude de leurs choix responsables. Or l'état conflictuel chez l'homme engendre la complexité, l'inadéquation et une surenchère de conflits, qu'importe sa justesse de vue.

Également, mieux vaut laisser à l'occasion la nature recouvrer d'elle-même son équilibre. On ne retrouve jamais l'équilibre d'avant mais une nouvelle interdépendance. L'être humain y garde sa place, car il n'a pas à avoir honte de lui-même.

Anonyme a dit…

Signé : un vilain gauchiste

Bizarre ça! Je suis pourtant plus de droite et je n'encourage pas pour autant la surconsommation et la spoliation des ressources naturelles. J'encourage la responsabilité individuelle, la liberté et pourquoi pas, la moralité dans tous les domaines!

jh a dit…

En réaction à:

"J'encourage la responsabilité individuelle, la liberté et pourquoi pas, la moralité dans tous les domaines!"
- Un vilain gauchiste

Les religions font preuve de moralité, également. Voyez le résultat...

Je relisais le préambule de ce blog. On y qualifie de "pontife" certain défenseur de la cause environnementale. La vertu prend souvent l'allure d'un masque ou d'un voile d'intouchabilité dont les plus opportunistes usent à leurs fins personnelles. Or la sphère publique appelle ses tenants à une formidable générosité. Consacrer sa vie aux autres affublé d'une moralité inculquée ou d'une aura travaillée relève de l'imposture.

En revanche, je suis l'observateur intrigué, parfois ravi, des coups d'éclat des Verts au sein du gouvernement actuel. Je note leur courage. Ils subissent l'emprise de leurs vertus, peut-être, vraies comme fausses. Leur idéalisme bouscule un paysage politique qui fatalement se mourait d'inaction.

Anonyme a dit…

M. Brassard, il n'y a pas si longtemps, pourfendait ceux qui mettaient en garde contre le réchauffement climatique dû à l'émission des gaz à effet de serre. Il nous disait que le CO2 est nécessaire à la vie et qu'il était absurde de s'en faire, que c'était en fait un complot des méchants gauchistes. Sûrement l'eau est nécessaire à la vie mais on peut s'y noyer, n'est-ce pas ? Or on apprend qu'"Une zone de glace marine de l'océan Arctique plus grande que le territoire des États-Unis a fondu cette année, selon l'Organisation météorologique mondiale (OMM)" et que «Le taux alarmant de la fonte cette année met en évidence les changements aux grandes répercussions qui se déroulent dans les océans et la biosphère de la Terre», a déclaré le secrétaire général de l'OMM, Michel Jarraud. «Les changements climatiques se produisent sous nos yeux et continueront ainsi, en conséquence des concentrations de gaz à effet de serre dans l'atmosphère, qui augmentent constamment et qui ont atteint de nouveaux records.»

Alors, je me pose la question et vous la pose également, peut-on encore prendre au sérieux les propos de M. Brassard en tout ce qui concerne l'environnement ?

Signé : un vilain gauchiste teindu vert