vendredi 13 janvier 2012

LA SOCIAL-DÉMOCRATIE SE DÉGLINGUE

(CHRONIQUE DU 13 JANVIER DANS LE JOURNAL DE QUÉBEC)
                    

L’Occident tout entier est plongé dans une crise. Essentiellement, c’est une crise de la social-démocratie. Ou, si vous préférez, une crise de l’État-Providence.

Au lendemain de la seconde Guerre Mondiale, les pays occidentaux se sont lancés dans l’édification d’un État dispensateur de bienfaits aux citoyens. Les besoins en santé, en éducation, en services de garde, dans tous les domaines, seront désormais satisfaits par l’État. Et ce fébrile interventionnisme étatique a d’abord été financé par l’impôt et puis, très rapidement, les déficits budgétaires devenant chroniques, par la dette.

Et lorsque la crise économique a éclaté en 2008, tous les États se sont empressés d’appliquer les vieilles recettes de Lord Keynes : mise en branle de coûteux plans de relance. Financés comment? Toujours par la dette! Car la classe politique de tous ces pays est toujours convaincue que « le déficit public est, comme l’écrit l’économiste français, Pierre-Antoine Delhommais, indolore et que des États supposés riches pouvaient s’endetter indéfiniment sans dommages, qu’ils pouvaient vivre à crédit pour maintenir artificiellement une prospérité que menacent pourtant de toute évidence la mondialisation.»

Et le Québec, dans cette débâcle mondiale? Croire qu’il en est épargné et que l’on peut maintenir intact le sacro-saint «modèle québécois» qui n’est, au fond, (n’en déplaise à ceux qui aiment à penser qu’il est d’une singularité prodigieuse) qu’un État-Providence comme les autres, relève d’un nombrilisme jovialiste. Le Québec, en tant qu’État-Providence est en crise comme tous les autres pays d’Occident.

Il est donc impérieux de «revisiter» l’État-Providence, non pas pour des retouches cosmétiques, mais pour une véritable transfiguration. C’est ce qu’ont entrepris certains pays européens. Et c’est très douloureux. Ici, au Québec, il faudra s’atteler à cette tâche, même si elle répugne à la classe politique.

Parmi les partis politiques, y en a-t-il un qui aura le courage d’appliquer à notre État-Providence souffrant d’obésité morbide les remèdes de cheval qui s’imposent? C’est loin d’être sûr! Le PLQ va continuer de nous faire rêver avec le Plan Nord (il ne peut quand même pas nous refaire le coup de la réingénierie de  l’État) ; le PQ, de son côté, s’acharne à demeurer social-démocrate à l’ancienne avec des engagements de nouvelles dépenses massives; quant à la CAQ, ses premiers éléments de programme comportent déjà des promesses de milliards de dépenses. Québec-Solidaire, n’en parlons pas, c’est du socialisme à l’état pur.

Par conséquent, lors de la prochaine élection, par un seul parti n’envisage le dégraissage de notre indépassable «modèle québécois». Vivre selon nos moyens n’est pas à l’ordre du jour de la classe politique. Il faut croire qu’elle ne sent pas l’urgence d’agir grâce aux huit milliards et demi de péréquation en provenance, via Ottawa, des ploucs pollueurs d’Alberta. Alors, elle remet à plus tard. Et on comprend pourquoi l’indice de crédibilité de tous les partis politiques est au plus bas. L’indice de fiabilité aussi.

Jacques Brassard


17 commentaires:

Yvon Beaulieu a dit…

Merci beaucoup M. Brassard pour ce survol réaliste de la fin des régimes sociaux démocrates de part le monde. Malheureusement et vous le dites bien, aucun courant politique un tant soit peu réformateur ne passe dans la population. Un parti de droite au Québec est un parti voué à l'échec. La droite fait trembler tout le monde du travail avec un taux de syndicalisation de plus de 40%. Les dés sont pipés d'avance. Mais un jour la droite sauvage va frapper. Et notre démocratie va souffrir des décotes de WS. Quand les Standard&Poor et Fitch de ce monde vont nous remettre à notre place en nous faisant passer de AAA à AA, voir
A+, ça va saigner. Quand Lucien Bouchard est revenu de WS avec son cahier de devoir à remplir, ça à saigné. Les coupures sauvages nécessaires à la balance économique ont tués des gens. Ce n'est pas une métaphore. dans ce grand "ménage" des pauvres ploucs sont morts par manque de soins aux portes des urgences. À défaut d'une droite très légèrement réformiste, un parti de droite "light", ce sera la droite sauvage de WS qui mènera le bal. Tout où tard il va falloir payer pour le "bar ouvert" des 40 dernières année. Du fond du cœur merci de vos lumières M. Brassard

Philippe TEXIER a dit…

Le problème, ce ne sont pas les partis politiques, ce sont les électeurs ... oui, ceux-là même qui ont voté en masse pour le NPD aux dernières élections fédérales et qui éliraient la CAQ avant même de connaître le programme.

Philippe TEXIER a dit…

Le problème ne provient pas des partis politiques mais des électeurs. Oui, les électeurs qui viennent de voter en masse pour le NPD et qui voteraient pour la CAQ sans même connaître le programme.

Jean-Luc Proulx a dit…

Hey, hey!!! Félicitations pour votre nouvelle niche au Journal de Québec, monsieur Brassard!!!

Si vous vous souvenez, c'est exactement ce que je vous souhaitais l'année dernière (le même journal, en plus ;-) ), pour que vos écrits puissent être diffusés à plus grande échell que votre modeste blogue qui, bien qu'étant intéressant, est une trop petite tribune pour vous!!!

Je suis sûr que le JDQ n'essaiera pas de vous reléguer aux chiens écrasés, comme avait voulu le faire le Quotidien!!!

Bonne chnace et bonne année, cher monsieur!!!

Yvon Beaulieu a dit…

Bon matin monsieur Texier
Selon moi, vous avez parfaitement raison de dire que le problème majeur en politique au Québec est une méconnaissance des lignes de partis et de leurs idéologies intrinsèques. Les électeurs (si peu nombreux) se fient aux clichés, à la bonne bouille des chefs et de leurs candidats et bien entendu aux chausses-trappes des journalistes. Quoi de plus drôle que les caricatures de nos quotidiens et des bye-bye annuels de Radio-Canada. Nous sommes un peuple d'illettrés politiques. Pourtant, et heureusement, avec les interconnexions des réseaux sociaux et internet -80% des gens y ont accès- nous sommes VRAIMENT de plein pieds dans le nouveau monde. Comme Gutenberg, l'inventeur de la typographie, les Steve Jobs et Bill Gates de ce monde sont en train de créer une nouvelle révolution des communications. Bien que les politiciens fassent encore aujoud'hui de la politique comme nos grands-parents en faisait en 1912, nous sommes sur la bonne voix du changement dans nos comportements et nos réflexions politiques. Quand la "masse" se prononce/écrit/tweet etc, les politicos écoutent. Cela amène aux changements sociaux.
Merci de m'avoir lu?

LOUIS BEAUMONT a dit…

@Yvon et Philippe

C'est justement par ce que j'ai vu les autres partis en action que le CAQ attire mon attention.

Dans cette situation bien précise , j'en suis tres personellement a CE QUE UNE FOIS ON VERRA VAUT MIEUX QUE DEUX FOIS ON A VUS.

MERCI

Fernand se déchaine a dit…

Bravo Monsieur Brassard, vous êtes encore une fois très à propos.

Tant et aussi longtemps qu'on ne révisera pas la façon de financer les partis politiques on assistera à un concours de faiseurs d'images payés à fort prix pour nous vendre un parti et un slogan. Le bon Jack vous connaissez...

Il faudrait que le DGE administre le budget électoral à la place des partis et ainsi commander uniformément la publicité et ainsi avoir une économie d'échelle ayant un seul modèle d'annonces sauf la couleur différente de chaque parti. Ceci arrêterait les concours de popularité et concentrerait les électeurs sur le programme. Actuellement elle impose des plafonds de dépenses que les partis les plus riches arrivent à respecter tant bien que mal alors que les autres partis sont rationnés par leur recttes limitées. Que d'argent gaspillé pour séduire l'électeur et il y a débalancement des idées en présence. Un tiers parti peut avoir de bonnes idées mais pas assez de sous pour les véhiculer comme ses adversaires munis de millions dans leurs coffres.

Les partis ne devraient avoir que des cartes de membre à vendre, faire des soirées fsociales pour leur membres et être plafonés dans leurs avoirs, éliminant ainsi les généreux donateurs attendant l'ascenseur du pouvoir. Procéder à une assemblée générale annuelle pour peaufiner et mettre à jour le programme donc, un budget très restreint de fonctionnement vérifié annuellement par le DGE.

Oui nos moeurs politiques sont à changer et le modèle québécois aussi. Aucun parti en lice ne veulent les changer même si la carte de crédit devient de plus en plus lourde...

On est loin d'un changement majeur et de l'abandon du gouvernemaman en faveur de la responsabilisation des citoyens...

Anonyme a dit…

Que des syndiqués de RTA vous accusent d'avoir été récompensé par Le Journal de Québec pour vos opinions contre leur syndicat relève d'un manque flagrant d'intelligence et démontre à quel point la stupidité de certains nuit à la majorité.
Eh! les Jeannois, réveillez-vous avant que toute la Province pense, comme moi, que lorsque le bon sens est passé, certains d'entre vous étaient absents. (VOIR CERTAINS COMMENTAIRES DU BLOG PRÉCÉDENT)

Conservateur québécois a dit…

Bravo à Pierre-K.Péladeau qui n'a pas peur d'engager des gens comme monsieur Brassard ! Ça fait changement de La Presse, propagandiste de la pensée unique avec ses Lagacé,Hétu, Pétromachin,Cassivi dans sa chaise haute, et cie. Nous avons bien hâte de retrouver J.Brassard au JDQ !
Pour l'article d'aujourd'hui, c'est excellent ! Rien à ajouter !

Anonyme a dit…

Bravo M. Brassard pour vos toujours excellentes chroniques et au Journal de Québec pour en avoir saisi la pertinence dans le débat social et politique actuel.

Dès mon retour à Québec je m'abonne,c'est sûr.

Réal Carbonneau, Miami

Anonyme a dit…

Bravo M. Brassard.

Félicitations pour votre nouveau boulot au sevice de Québécor.

Attention de ne pas trop verser dans le populisme de la critique facile avec des généralités...

Anonyme a dit…

Ce que ça nous prend au Québec?

Une Margaret Tatcher ou un Ronald Reagan!

Christian Rioux a dit…

Je suis orphelin politique....

Anonyme a dit…

Nous payons de plus en plus pour obtenir de moins en moins. Si les transferts de la péréquation devait baisser en même temps que Québec subisse la moindre petite décote, « kekchose » devrait alors se passer…l’électorat est prêt. C’est le P.Q. qui n’est pas prêt !

Félicitations pour votre nomination M.Brassard.

Anonyme a dit…

Au Québec, comme ailleurs dans le monde, ce sont les créanciers des pays endettés qui forceront les citoyens à faire le travail de nettoyage.

Pas les politiciens.

zarmagh a dit…

On est en train de devenir tout comme l'Union soviétique... tout est gratuit, rien n'est accessible et tout le monde est pauvre. (Romanus) 2010

Gilles Laplante a dit…

J'abonde dans le sens de monsieur Texier.
Le québécois moyen n'est généralement pas informé et pour cause. Un de mes collègues de travail me disait qu'il ne lisait que les pages sportives parce que ce sont les seules informations qu'il peut facilement vérifier. Pour le reste, il avait l'impression de se faire emplir par des journalistes ignares et douteux. Ça m'a fait réfléchir et j'ai rapidement réaliser qu'il n'avait pas tord. Les médias ont facilement vendu au peuple le socialisme et comme, au Québec, beaucoup aiment bien vivre aux dépends des autres on a acheté, je devrais dire financé, ça. Comme ce n'est pas demain qu'on va changer le goût de vivre aux dépends des autres, ce n'est pas demain qu'on va changer le modèle car les parasites ne s'imaginent jamais qu'ils seront touchés quand l'hôte meurt.