vendredi 7 juin 2013

LES PIÈGES DE L'IRRÉFLEXION


 (Chronique parue le 7 juin 2013 dans le Journal de Québec)

Récemment, la ministre de l’Immigration déclarait au journal Métro que «nous avons besoin d’immigrants» et qu’elle était même disposée à «accueillir un plus grand nombre d’immigrants, mais qu’il faut encore amenuiser les craintes face à la différence, qui barrent parfois le chemin aux nouveaux venus».

Comme je veux rester poli, je dirais que voilà une déclaration pour le moins irréfléchie. Et sans fondement.

 D’abord, l’affirmation voulant que «nous avons besoin d’immigrants» n’est pas validée par les faits et les études. La ministre aurait dû lire le livre de Benoît Dubreuil et Guillaume Marois, intitulé Le Remède Imaginaire.

«Depuis 2007, écrivent-ils, sous l’activisme du gouvernement et des commentateurs, l’idée que l’immigration doit jouer un rôle essentiel pour contrer les effets négatifs du vieillissement de la population s’est répandue au Québec comme une traînée de poudre.»

«Elle l’a fait malgré la présence d’une importante littérature en démographie démontrant l’influence marginale de l’immigration sur la structure par âge de la population.»

«Elle l’a fait malgré une littérature économique démontrant l’impact négligeable de l’immigration sur des variables cruciales comme les salaires et le PIB par habitant.»

Coudon, est-ce que la classe politique et la technocratie sont analphabètes et donc incapables de lire un livre et de prendre connaissance des études pertinentes? Savoir lire leur épargnerait pourtant la honte de dire des âneries!

Ensuite, il y a, dans la déclaration de la ministre, une tendance manifeste à culpabiliser la société d’accueil. Nous serions réfractaires à la «différence», fermés aux autres, et voilà pourquoi l’intégration est en panne. Ce mauvais procès est indigne d’un membre du gouvernement québécois.

Mais il y a surtout, de la part de la ministre, cet aveu ahurissant que le Québec pourrait envisager «d’accueillir un plus grand nombre d’immigrants». Croire que l’on puisse sans danger relever encore le seuil d’immigration, est-ce de l’irréflexion ou de la rectitude politique? Ou les deux à la fois?

Seuls quelques rares députés ont osé affirmer que 55,000 immigrants par année, c’est nettement trop. Ce fut le cas de Pierre Curzi et de Mario Dumont. Rappelons qu’ils ont tous deux quitté la scène politique.

Cette loi du silence qui règne sur l’Assemblée Nationale démontre bien que nous sommes en face d’un tabou. Et la bien pensance politique commande de ne pas briser ce tabou. Si vous le faites (comme Curzi et Dumont), vous allez être traités de xénophobes, et même de racistes.

Cette idée de hausser une autre fois le seuil d’immigration (55,000 par année) est non seulement irresponsable, mais elle fait fi des lacunes majeures en matière d’intégration des nouveaux venus.

La question urgente que la classe politique devrait creuser est la suivante : combien d’immigrants sommes-nous en mesure d’intégrer adéquatement à la majorité québécoise? Quand on prend acte du triomphe du multiculturalisme partout en Occident (c’est-à-dire la fragmentation de la société en diverses communautés ayant le droit constitutionnel de conserver et de promouvoir leurs identités respectives), il saute aux yeux que ce n’est certainement pas 55,000!

Quel parti politique aura le courage et la clairvoyance de remettre en question le niveau actuel du seuil d’immigration, de le revoir substantiellement à la baisse et de proposer une politique d’intégration véritable qui ne reposera pas sur le multiculturalisme et, par conséquent, sur le communautarisme et la ghettoïsation?

Ce devrait être le PQ puisqu’il se veut le défenseur et le promoteur de l’identité québécoise. Ce ne semble pas être le cas.

Jacques Brassard

 

 

 

7 commentaires:

Anonyme a dit…

C'est une très bonne réflexion. Continuez votre beau travail de lucidité, on aurait besoin de plus de gens comme vous au Québec.
Je m'inquiète pour la suite des choses qui vont en empirant dans la mauvaise direction. Comme dans la publicité de Videotron, on dirait que le gouvernement est tombé sur la tête!! Oui, c'est très inquiétant, comment allons-nous renverser la vapeur? Voulez-vous me le dire? On s'en vient comme en Europe qui rencontre de plus en plus de problèmes avec l'islam: puisqu'il faut l'appeler par son nom!! Et les prêches d'imams haineux. Et non, je ne suis pas raciste, mais lucide oui!!
Le Québec xénophobe, mon oeil, le Québec ne se tient pas debout bourré qu'il est de laïcistes revenchards et bornés. Ce gouvernement est une honte, un océan d'ignorance, d'amateurisme et de couardise.

Anonyme a dit…

Voilà pourquoi j'affirme depuis longtemps que le PQ adhère au multiculturalisme avec passion même s'ils se disent en théorie contre. Ils jouent sur les mots, multi, interculturalisme... Ils n'ont pas besoin du fédéral pour se faire imposer cette idéologie.

Montréal deviendra probablement un nouveau Marseille dans quelques années. Il faut rattraper la France! Le PQ aime bien imiter la France, bien que ce pays soit en pleine déroute.

Anonyme a dit…

Ce ministère semble aussi avoir à sa tête une poule pas de tête... Que c'est déprimant!

Anonyme a dit…

Le PQ a besoin d'immigrants qui refusent de s'intégrer afin de démontrer au monde entier qu'il n'est ni xénophobe ni raciste. Le PQ n'a pas fini de demander pardon et d'expier pour un certain discours prononcé le soir du référendum de 1995 où il a été question de vote ethnique.

Ce ne sont pas les québécois qui ont des problèmes avec la différence. Ce sont leurs élites bien pensantes qui en ont: elles ont d'énormes problèmes avec les personnes qui expriment des opinions différentes des leurs!

Il est vrai que les québécois ont des problèmes avec le voile dit islamique, ils en ont aussi avec l'apartheid sexuel, la charia, le suprématisme islamique, la viande halal, le jihad juridique et les crimes d'honneur. Si c'est ça la différence, ils ont bien raison d'en avoir.

Hélios d'Alexandrie

Madjid Sidi a dit…

A mon humble avis, parole d'un émigrants, SVP, il ne faut pas réduire mais arrêter définitivement cette mascarade qu'on appelle immigration, même pour les émigrants que nous sommes c'est une souffrance alors qu'en est - t - il des gens qui nous accueillent ?
On est comme des épaves rejetées par l'océan Atlantique et qui sont égarées sur les rives du Saint-Laurent, sans vraiment avoir un poste d'emploi pour vivre décemment et permettre à certains de nous d'intégrer cette société d'accueil, car les autres, les islamistes et je dirais même sans me tromper les musulmans, faut pas rêver !
Délivrez nous de cette souffrance, empêchez la venue de nouveaux arrivants.
À cette ministre, qui ne connais pas ou qui a l'art de feindre notre réalité, je dirais que les émigrants qui sont déjà là, vous les avez pas bien pris en charge, ils vivent le calvaire, dans la pauvreté ou la misère, avec comme revenu un BES à 1000 $ le couple, ou surexploités comme ouvriers par des compagnies à 10 $ l'heure alors que le dernier d'eux a un Baccalauréat comme diplôme. Donc, juste penser à ramener d'autres c'est une bêtise et je me demande le pourquoi ?

PPL a dit…

L'immigration va tout simplement faire disparaître la nation canadienne-française. Pas plus compliquée que cela. La lâcheté de nos politiciens sur cette question ne me surprend pas.

honorable a dit…

Le raisonnement de notre bon ministre semble être le suivant: Il faut augmenter artificiellement la population de Montréal parce que les gens des régions (Gaspésie, Côte-Nord, lac Saint-Jean, Beauce-Appalaches, Québec, Trois-Rivières, Mauricie, Estrie) ne font pas assez d'enfants!

Si 65% des immigrants s'installaient en région, on comprendrait un peu. Mais ce n'est pas le cas.

Et si 65 % des immigrants s'installaient en région, cela sensibiliserait les gens des régions contre l'immigration. Comme la majorité du Québec (les régions) reçoivent peu d'immigrants, ils sont relativement neutres sur ce sujet, la position réflexion-réflexe étant une attitude favorable.

Le Québec devrait se limiter à des immigrants en provenance d'Amérique, d'Europe et d'Asie, car le traux de chômage des immigrants africains est à peu près le double de celui des autres immigrants.

A un moment donné, il faut que le ministre de l'immigration s'enlève le doigt dans l'oeil et admette que 2 + 2 =4.